{"id":7709,"date":"2021-08-15T15:18:12","date_gmt":"2021-08-15T13:18:12","guid":{"rendered":"http:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/?page_id=7709"},"modified":"2021-08-15T16:17:02","modified_gmt":"2021-08-15T14:17:02","slug":"maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/","title":{"rendered":"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale"},"content":{"rendered":"<p>Maximilien Fran\u00e7ois Marie Isidore de Robespierre (6 mai 1758 &#8211; 28 juillet 1794) est un avocat et homme fran\u00e7ais qui fut l&#8217;une des figures les plus connues et les plus influentes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. En tant que membre de l&#8217;Assembl\u00e9e constituante et du Club des Jacobins, il a fait campagne pour le suffrage universel des hommes[1] et l&#8217;abolition du c\u00e9libat pour le clerg\u00e9 et de l&#8217;esclavage. En 1791, Robespierre se fait le d\u00e9fenseur des citoyens masculins sans voix politique, de leur admission sans restriction dans la Garde nationale, aux fonctions publiques, et du droit de porter des armes en cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense. [Robespierre a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l&#8217;agitation qui a entra\u00een\u00e9 la chute de la monarchie fran\u00e7aise le 10 ao\u00fbt 1792 et la convocation d&#8217;une Convention nationale[5]. Son objectif \u00e9tait de cr\u00e9er une France une et indivisible, l&#8217;\u00e9galit\u00e9 devant la loi, d&#8217;abolir les pr\u00e9rogatives et de d\u00e9fendre les principes de la d\u00e9mocratie directe[6].<\/p>\n<p>En tant que l&#8217;un des principaux membres de la Commune insurrectionnelle de Paris, Robespierre est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention fran\u00e7aise au d\u00e9but du mois de septembre 1792, mais il est rapidement critiqu\u00e9 pour avoir tent\u00e9 d&#8217;\u00e9tablir un triumvirat ou une dictature. En avril 1793, Robespierre pr\u00e9conise la cr\u00e9ation d&#8217;une arm\u00e9e sans-culotte pour faire appliquer les lois r\u00e9volutionnaires et balayer tout conspirateur contre-r\u00e9volutionnaire, ce qui conduit \u00e0 l&#8217;Insurrection arm\u00e9e du 31 mai au 2 juin 1793. En raison de sa sant\u00e9, Robespierre annonce qu&#8217;il va d\u00e9missionner, mais en juillet, il est nomm\u00e9 membre du puissant Comit\u00e9 de salut public et r\u00e9organise le Tribunal r\u00e9volutionnaire. En octobre, apr\u00e8s que Robespierre eut propos\u00e9 en vain de clore la convention, le Comit\u00e9 se d\u00e9clara gouvernement r\u00e9volutionnaire. Ceux qui ne d\u00e9fendent pas activement la France deviennent ses ennemis[7]. Il exerce son influence pour supprimer les Girondins r\u00e9publicains \u00e0 droite, les H\u00e9bertistes \u00e0 gauche, puis les Dantonistes au centre.<\/p>\n<p>Robespierre est surtout connu pour son r\u00f4le de membre du Comit\u00e9 de salut public, puisqu&#8217;il a personnellement sign\u00e9 542 arrestations, notamment au printemps et \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 1794[8][a] La question de la responsabilit\u00e9 de Robespierre dans la loi du 22 prairial reste controvers\u00e9e[9]. Entr\u00e9e en vigueur au plus fort du r\u00e8gne de la Terreur, cette loi a supprim\u00e9 les quelques garanties proc\u00e9durales dont b\u00e9n\u00e9ficiait encore l&#8217;accus\u00e9, a largement \u00e9tendu le pouvoir du tribunal et a finalement entra\u00een\u00e9 une augmentation spectaculaire du nombre d&#8217;ex\u00e9cutions en France. Bien que Robespierre ait toujours eu des alli\u00e9s de m\u00eame sensibilit\u00e9, les effusions de sang \u00e0 caract\u00e8re politique qu&#8217;il a provoqu\u00e9es en ont d\u00e9sillusionn\u00e9 plus d&#8217;un. De plus, le culte d\u00e9iste de l&#8217;\u00catre supr\u00eame qu&#8217;il avait fond\u00e9 et promu avec z\u00e8le suscitait la suspicion des anticl\u00e9ricaux et des autres partis qui pensaient qu&#8217;il d\u00e9veloppait des illusions grandioses sur sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise[10][11].<\/p>\n<p>Robespierre a fini par \u00eatre vaincu par son obsession de la vision d&#8217;une r\u00e9publique id\u00e9ale et son indiff\u00e9rence aux co\u00fbts humains de son installation, ce qui a retourn\u00e9 contre lui les membres de la Convention et le public fran\u00e7ais[12]. La Terreur a pris fin lorsque lui et ses alli\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville de Paris le 9 Thermidor. Robespierre est bless\u00e9 \u00e0 la m\u00e2choire, mais on ne sait pas s&#8217;il se l&#8217;est inflig\u00e9 lui-m\u00eame ou si c&#8217;est le r\u00e9sultat de l&#8217;escarmouche. Environ 90 personnes, dont Robespierre, ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es dans les jours qui ont suivi, \u00e9v\u00e9nements qui ont initi\u00e9 une p\u00e9riode connue sous le nom de R\u00e9action thermidorienne[13].<\/p>\n<p>Robespierre reste un personnage controvers\u00e9[14][15] Son h\u00e9ritage et sa r\u00e9putation font depuis lors l&#8217;objet de d\u00e9bats universitaires et populaires[16][17][18] George Rud\u00e9 estime que Robespierre a prononc\u00e9 quelque 900 discours. Pour certains, Robespierre est le principal id\u00e9ologue de la R\u00e9volution et incarne la premi\u00e8re exp\u00e9rience d\u00e9mocratique du pays, marqu\u00e9e par la Constitution fran\u00e7aise de 1793, souvent r\u00e9vis\u00e9e et jamais appliqu\u00e9e. Pour d&#8217;autres, il \u00e9tait l&#8217;incarnation de la Terreur[19], et fournissait dans ses discours une justification de l&#8217;armement civil.<\/p>\n<p>Contenu<br \/>\n1 Les d\u00e9buts de la vie<br \/>\n2 Les d\u00e9buts de la politique<br \/>\n3 Club des Jacobins<br \/>\n4 Opposition \u00e0 la guerre avec l&#8217;Autriche<br \/>\n5 La Commune insurrectionnelle de Paris<br \/>\n6 La Convention nationale<br \/>\n6.1 Ex\u00e9cution de Louis XVI<br \/>\n6.2 Destruction des Girondistes<br \/>\n7 Le r\u00e8gne de la Terreur<br \/>\n7.1 L&#8217;ennemi int\u00e9rieur<br \/>\n8 L&#8217;abolition de l&#8217;esclavage<br \/>\n9 Le culte de l&#8217;\u00catre supr\u00eame<br \/>\n10 La chute<br \/>\n10.1 L&#8217;arrestation<br \/>\n10.2 L&#8217;ex\u00e9cution<br \/>\n11 H\u00e9ritage et m\u00e9moire<br \/>\n11.1 Repr\u00e9sentations \u00e0 l&#8217;\u00e9cran<br \/>\n11.2 M\u00e9moires publiques<br \/>\n11.2.1 Noms de rues<br \/>\n11.2.2 Plaques et monuments<br \/>\n11.2.2.1 Arras<br \/>\n11.2.2.2 Paris et ailleurs<br \/>\n11.2.3 Les unit\u00e9s de la R\u00e9sistance<br \/>\n12 Notes<br \/>\n13 R\u00e9f\u00e9rences<br \/>\n14 Sources (s\u00e9lection)<br \/>\n15 Autres lectures<br \/>\n16 Liens externes<br \/>\nLes d\u00e9buts de la vie<br \/>\nMaximilien de Robespierre est n\u00e9 \u00e0 Arras, dans l&#8217;ancienne province fran\u00e7aise d&#8217;Artois. Sa famille remonte au XVe si\u00e8cle \u00e0 Vaudricourt, dans le Pas-de-Calais ; l&#8217;un de ses anc\u00eatres, Robert de Robespierre, exer\u00e7ait la profession de notaire \u00e0 Carvin au milieu du XVIIe si\u00e8cle[20]. Son grand-p\u00e8re paternel, \u00e9galement nomm\u00e9 Maximilien de Robespierre, s&#8217;\u00e9tablit \u00e0 Arras comme avocat. Son p\u00e8re, Fran\u00e7ois Maximilien Barth\u00e9l\u00e9my de Robespierre (1732-1777), avocat au Conseil d&#8217;Artois, \u00e9pouse Jacqueline Marguerite Carrault (1735-1764), fille de brasseur, alors qu&#8217;elle est enceinte. Maximilien est n\u00e9 cinq mois apr\u00e8s leur mariage, il est l&#8217;a\u00een\u00e9 de quatre enfants. Ses fr\u00e8res et s\u0153urs \u00e9taient Charlotte (1760-1834),[b] Henriette (1761-1780),[c] et Augustin (1763-1794)[21][22].<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du mois de juillet 1764, Madame de Robespierre donne naissance \u00e0 une fille mort-n\u00e9e ; elle meurt douze jours plus tard, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 29 ans. D\u00e9vast\u00e9 par la mort de sa femme, Fran\u00e7ois de Robespierre quitte Arras vers 1767[d]. Ses deux filles sont \u00e9lev\u00e9es par leurs tantes paternelles, et ses deux fils sont recueillis par leurs grands-parents maternels[23]. D\u00e9j\u00e0 alphab\u00e9tis\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de huit ans, Maximilien commence \u00e0 fr\u00e9quenter le coll\u00e8ge d&#8217;Arras[24]. En octobre 1769, sur la recommandation de l&#8217;\u00e9v\u00eaque fr:Louis-Hilaire de Conzi\u00e9, il re\u00e7oit une bourse au coll\u00e8ge Louis-le-Grand. Parmi ses camarades de classe figurent Camille Desmoulins et Stanislas Fr\u00e9ron. \u00c0 l&#8217;\u00e9cole, il apprend \u00e0 admirer la R\u00e9publique romaine id\u00e9alis\u00e9e et la rh\u00e9torique de Cic\u00e9ron, Caton et Lucius Junius Brutus. En 1776, il obtient le premier prix de rh\u00e9torique. Il \u00e9tudie \u00e9galement les \u0153uvres du philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau et est attir\u00e9 par de nombreuses id\u00e9es, consign\u00e9es dans son &#8220;Contrat social&#8221;. Robespierre est intrigu\u00e9 par l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un &#8220;moi vertueux&#8221;, un homme qui se tient seul accompagn\u00e9 de sa seule conscience[25]. Son \u00e9tude des classiques le pousse \u00e0 aspirer aux vertus romaines, mais il cherche surtout \u00e0 imiter le citoyen-soldat de Rousseau[26]. [La conception que Robespierre se fait de la vertu r\u00e9volutionnaire et son programme de construction de la souverainet\u00e9 politique \u00e0 partir de la d\u00e9mocratie directe lui viennent de Montesquieu, de Rousseau et de Mably[28][e] Avec Rousseau, Robespierre consid\u00e8re la &#8220;volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale&#8221; ou la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du peuple comme le fondement de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique[32].<\/p>\n<p>Les d\u00e9buts de la politique<\/p>\n<p>La maison o\u00f9 Robespierre a v\u00e9cu entre 1787 et 1789, aujourd&#8217;hui rue Maximilien de Robespierre<br \/>\nRobespierre \u00e9tudie le droit pendant trois ans \u00e0 la Sorbonne. Lors de sa remise de dipl\u00f4me le 31 juillet 1780, il re\u00e7oit un prix sp\u00e9cial de 600 livres pour sa r\u00e9ussite scolaire exemplaire et sa bonne conduite personnelle[33] Le 15 mai 1781, Robespierre est admis au barreau. L&#8217;\u00e9v\u00eaque d&#8217;Arras, Hilaire de Conzi\u00e9, le nomme, en mars 1782, l&#8217;un des cinq juges du tribunal criminel. Robespierre d\u00e9missionne rapidement, en raison de la g\u00eane qu&#8217;il \u00e9prouve \u00e0 statuer sur des affaires capitales, due \u00e0 son opposition pr\u00e9coce \u00e0 la peine de mort. Son affaire la plus c\u00e9l\u00e8bre a lieu en mai 1783 et concerne un paratonnerre \u00e0 Saint-Omer. Sa d\u00e9fense fut imprim\u00e9e et il en envoya une copie \u00e0 Benjamin Franklin[34].<\/p>\n<p>Le 15 novembre 1783, il est \u00e9lu membre de l&#8217;Acad\u00e9mie litt\u00e9raire d&#8217;Arras[35]. En 1784, l&#8217;Acad\u00e9mie de Metz lui d\u00e9cerne une m\u00e9daille pour sa dissertation sur la question de savoir si les parents d&#8217;un criminel condamn\u00e9 doivent partager sa disgr\u00e2ce, ce qui fait de lui un homme de lettres[36]. Il partage le prix avec Pierre Louis de Lacretelle, avocat et journaliste \u00e0 Paris. Robespierre s&#8217;attaque \u00e0 l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 devant la loi : l&#8217;indignit\u00e9 des enfants naturels ou ill\u00e9gitimes (1786), trois ans plus tard les lettres de cachet (emprisonnement sans proc\u00e8s) et la mise \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des femmes dans la vie acad\u00e9mique. (Il fait la connaissance de l&#8217;avocat Martial Herman, du jeune officier et ing\u00e9nieur Lazare Carnot et du professeur Joseph Fouch\u00e9, qui joueront un r\u00f4le dans sa vie ult\u00e9rieure[38]. Robespierre affirme \u00e9galement avoir vu Rousseau, peu de temps avant sa mort[39][40][41].<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1788, le roi Louis XVI annonce de nouvelles \u00e9lections pour toutes les provinces et une r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux pour le 1er mai 1789 afin de r\u00e9soudre les graves probl\u00e8mes financiers et fiscaux de la France. Robespierre participe \u00e0 une discussion sur le mode d&#8217;\u00e9lection du gouvernement provincial fran\u00e7ais, faisant valoir dans son Adresse \u00e0 la nation d&#8217;Artois que si l&#8217;ancien mode d&#8217;\u00e9lection par les membres des domaines provinciaux \u00e9tait \u00e0 nouveau adopt\u00e9, les nouveaux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux ne repr\u00e9senteraient pas le peuple de France. A la fin du mois de f\u00e9vrier 1789, la France conna\u00eet une crise pressante due \u00e0 son d\u00e9sir d&#8217;une nouvelle constitution, selon Gouverneur Morris[42].<\/p>\n<p>Maximilien de Robespierre habill\u00e9 en d\u00e9put\u00e9 du tiers \u00e9tat par Pierre Roch Vigneron, vers 1790 (ch\u00e2teau de Versailles)<br \/>\nDans sa circonscription, Robespierre commence \u00e0 se faire remarquer en politique avec son Avis aux habitants des campagnes de 1789 dans lequel il attaque les autorit\u00e9s locales[f]. Il s&#8217;assure ainsi le soutien des \u00e9lecteurs des campagnes. Le 26 avril 1789, Robespierre est \u00e9lu comme l&#8217;un des 16 d\u00e9put\u00e9s du Pas-de-Calais aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, les autres \u00e9tant Charles de Lameth et Albert de Beaumetz[44]. g] Lorsque les d\u00e9put\u00e9s arrivent \u00e0 Versailles, ils sont pr\u00e9sent\u00e9s au roi et \u00e9coutent le discours de trois heures de Jacques Necker sur les r\u00e9formes institutionnelles et politiques[45]. [45] Ils sont inform\u00e9s que tous les votes aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 se feront toujours &#8221; par ordre &#8221; et non &#8221; par t\u00eate &#8220;, de sorte que leur double repr\u00e9sentation promise en d\u00e9cembre 1788 sera sans objet[46][47] Il en r\u00e9sulte que l&#8217;abb\u00e9 Siey\u00e8s s&#8217;oppose au veto du roi, sugg\u00e9rant que le Tiers \u00e9tat se r\u00e9unisse s\u00e9par\u00e9ment et change de nom[48] Le 6 juin, Robespierre prononce son premier discours remarqu\u00e9, attaquant la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique. Le 13 juin, Robespierre rejoint les d\u00e9put\u00e9s, qui s&#8217;appelleront l&#8217;Assembl\u00e9e nationale repr\u00e9sentant 96 % de la nation[49]. Le 9 juillet, l&#8217;Assembl\u00e9e s&#8217;installe \u00e0 Paris. Elle se transforme en Assembl\u00e9e nationale constituante pour discuter d&#8217;une nouvelle constitution et d&#8217;un nouveau syst\u00e8me d&#8217;imposition.<\/p>\n<p>Le lundi 13 juillet, l&#8217;Assembl\u00e9e nationale propose de r\u00e9tablir la &#8220;milice bourgeoise&#8221; \u00e0 Paris pour contr\u00f4ler les \u00e9meutes[50][51] Le 14 juillet, le peuple r\u00e9clame des armes et prend d&#8217;assaut l&#8217;H\u00f4tel des Invalides et la Bastille. Sans entrer dans les d\u00e9tails, la milice change de nom et devient la Garde nationale[52], tenant \u00e0 distance les citoyens les plus pauvres[53]. Le marquis de La Fayette est acclam\u00e9 comme leur commandant en chef[54]. Le 20 juillet, l&#8217;Assembl\u00e9e d\u00e9cide d&#8217;\u00e9tablir des Gardes nationales dans toutes les communes du pays[55]. [Les Gardes Fran\u00e7aises furent admises et soutenues pour \u00e9lire de &#8220;nouveaux chefs&#8221;[57]. En discutant et en attaquant Lally-Tollendal qui r\u00e9clamait l&#8217;ordre public, Robespierre rappela aux citoyens qui avaient d\u00e9fendu la libert\u00e9 quelques jours auparavant, mais n&#8217;avaient pas pu y acc\u00e9der[58][59].<\/p>\n<p>En octobre, lui et Louvet soutinrent Maillard apr\u00e8s la marche des femmes sur Versailles[60] Le groupe initial de manifestantes naissantes, enti\u00e8rement f\u00e9minin, avait un message relativement conciliant, et il fut augment\u00e9 par des groupes masculins plus militaris\u00e9s et exp\u00e9riment\u00e9s lorsqu&#8217;il atteignit Versailles. [61] Alors que l&#8217;Assembl\u00e9e constituante s&#8217;occupait du suffrage censitaire masculin, Robespierre et quelques autres d\u00e9put\u00e9s s&#8217;opposaient aux exigences de propri\u00e9t\u00e9 pour voter et occuper un poste[62]. En d\u00e9cembre et janvier, Robespierre r\u00e9ussit \u00e0 attirer l&#8217;attention des classes exclues, notamment les protestants de France, les juifs[63], les noirs, les domestiques et les com\u00e9diens[64][65].<\/p>\n<p>Intervenant fr\u00e9quemment \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e, Robespierre exprime de nombreuses id\u00e9es en faveur de la D\u00e9claration des droits de l&#8217;homme et du citoyen (1789) et des dispositions constitutionnelles de la Constitution de 1791, mais n&#8217;obtient que rarement une majorit\u00e9 parmi ses coll\u00e8gues d\u00e9put\u00e9s, selon Malcolm Crook[66][67] Robespierre, qui n&#8217;a jamais renonc\u00e9 \u00e0 porter une culotte et est toujours &#8220;poudr\u00e9, fris\u00e9, et parfum\u00e9&#8221;, semble avoir \u00e9t\u00e9 nerveux, timide et m\u00e9fiant. Madame de Sta\u00ebl d\u00e9crit Robespierre comme &#8220;tr\u00e8s exag\u00e9r\u00e9 dans ses principes d\u00e9mocratiques&#8221;. Il soutenait les propositions les plus absurdes avec un sang-froid qui avait l&#8217;air d&#8217;une conviction[68].<\/p>\n<p>Club des Jacobins<\/p>\n<p>Club des Jacobins en f\u00e9vrier 1791[69].<br \/>\n\u00c0 partir d&#8217;octobre 1789, Robespierre habite au 30, rue de Saintonge, dans le Marais, un quartier aux habitants relativement ais\u00e9s[70]. Pierre Villiers affirme avoir \u00e9t\u00e9 son secr\u00e9taire pendant plusieurs mois, et ils partagent l&#8217;appartement du troisi\u00e8me \u00e9tage[71]. Robespierre s&#8217;associe \u00e0 la nouvelle Soci\u00e9t\u00e9 des amis de la Constitution, commun\u00e9ment appel\u00e9e Club des Jacobins. \u00c0 l&#8217;origine, cette organisation (le Club Breton) ne comprenait que des d\u00e9put\u00e9s de Bretagne, mais apr\u00e8s le d\u00e9m\u00e9nagement de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale \u00e0 Paris dans un ancien monast\u00e8re vide, les Amis de la participation civique ont admis des non-d\u00e9put\u00e9s, soutenant les changements en France. Parmi ces 1 200 hommes, Robespierre a trouv\u00e9 un public sympathique. L&#8217;\u00e9galit\u00e9 devant la loi \u00e9tait la cl\u00e9 de vo\u00fbte de l&#8217;id\u00e9ologie jacobine. En janvier, il tient plusieurs discours en r\u00e9action \u00e0 la d\u00e9cision de faire d\u00e9pendre l&#8217;exercice des droits civiques d&#8217;une certaine somme de l&#8217;imp\u00f4t. Lors du d\u00e9bat sur le suffrage, Robespierre termine son discours du 25 janvier 1790 en affirmant sans d\u00e9tour que &#8221; tous les Fran\u00e7ais doivent \u00eatre admissibles \u00e0 toutes les fonctions publiques sans autre distinction que celle des vertus et des talents &#8220;[72]. Il commence \u00e0 acqu\u00e9rir une r\u00e9putation, et le 31 mars 1790, Robespierre est \u00e9lu pr\u00e9sident[73]. [Le 28 avril, Robespierre propose de permettre un nombre \u00e9gal d&#8217;officiers et de soldats dans la cour martiale, en se fondant sur ses principes d\u00e9mocratiques[74]. Contrairement \u00e0 Niccol\u00f2 Machiavel qui encourageait la cr\u00e9ation de milices citoyennes locales ou r\u00e9gionales, un syst\u00e8me qui, apr\u00e8s trois si\u00e8cles, semblait \u00eatre une &#8221; institution fossile &#8220;[75], Robespierre soutient le 11 mai la coop\u00e9ration de toutes les gardes nationales dans une f\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale[76]. Le 19 juin, il est \u00e9lu secr\u00e9taire de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>Buste en terre cuite de Robespierre par Deseine, 1791 (mus\u00e9e de la R\u00e9volution fran\u00e7aise)<\/p>\n<p>Cour de la maison de Maurice Duplay, propri\u00e9taire de Robespierre. La chambre de Robespierre se trouvait au deuxi\u00e8me \u00e9tage, au-dessus de la fontaine. Les autres locataires \u00e9taient sa s\u0153ur, son fr\u00e8re et Georges Couthon.<br \/>\nAu printemps 1790, les d\u00e9partements fran\u00e7ais sont r\u00e9organis\u00e9s ; la Commune de Paris est divis\u00e9e en 48 sections et peut discuter de l&#8217;\u00e9lection d&#8217;un nouveau maire. En juillet, Robespierre r\u00e9clame &#8220;l&#8217;\u00e9galit\u00e9 fraternelle&#8221; des salaires.[77] Le 2 ao\u00fbt, Jean Sylvain Bailly devient le premier maire \u00e9lu de Paris avec 12.500 voix ; Georges Danton en a 49, Marat et Louis XVI une seule.[78][79] En discutant de l&#8217;avenir d&#8217;Avignon, Robespierre et ses partisans sur les tribunes r\u00e9ussissent \u00e0 faire taire Mirabeau. Avant la fin de l&#8217;ann\u00e9e, il est consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des chefs du petit corps de l&#8217;extr\u00eame gauche. Robespierre est l&#8217;une des &#8220;trente voix&#8221;, comme le commente Mirabeau \u00e0 Barnave avec m\u00e9pris : &#8220;Cet homme ira loin, il croit tout ce qu&#8217;il dit&#8221;[80] Le 5 d\u00e9cembre, Robespierre prononce un discours sur l&#8217;urgence de la Garde nationale[81][82][83] &#8220;\u00catre arm\u00e9 pour sa d\u00e9fense personnelle est le droit de tout homme, \u00eatre arm\u00e9 pour d\u00e9fendre la libert\u00e9 et l&#8217;existence de la patrie commune est le droit de tout citoyen&#8221;. [84] Robespierre invente la c\u00e9l\u00e8bre devise &#8220;Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9&#8221; en ajoutant le mot fraternit\u00e9 sur les drapeaux de la Garde nationale[h][86][87] Le 18 d\u00e9cembre, il est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de fournir \u00e0 la Garde nationale 50 000 fusils[88].<\/p>\n<p>En 1791, Robespierre prononce 328 discours. Le 28 janvier, Robespierre discute \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e de l&#8217;organisation de la Garde nationale[89] ; pendant trois ans, c&#8217;est un sujet br\u00fblant dans les journaux fran\u00e7ais[90] ; d\u00e9j\u00e0 le 5 f\u00e9vrier 1791, il d\u00e9clare : &#8221; La vraie religion consiste \u00e0 punir pour le bonheur de tous ceux qui troublent la soci\u00e9t\u00e9 &#8220;[91] D\u00e9but mars, les milices provinciales sont supprim\u00e9es et le d\u00e9partement de Paris est plac\u00e9 au-dessus de la Commune pour tout ce qui concerne l&#8217;ordre et la s\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Selon Jan ten Brink, il avait le droit de suspendre les d\u00e9cisions de la Commune et de disposer de l&#8217;arm\u00e9e contre elle en cas d&#8217;urgence. Les 27 et 28 avril 1791, Robespierre s&#8217;oppose aux projets de r\u00e9organisation de la Garde nationale et de restriction de sa composition aux citoyens actifs[92][93], qu&#8217;il juge trop aristocratique. Il demande la reconstitution de la Garde nationale sur une base d\u00e9mocratique[94]. Il estime que la Garde nationale doit devenir l&#8217;instrument de la d\u00e9fense de la libert\u00e9 et non plus une menace pour celle-ci[95][96].<\/p>\n<p>Le 9 mai, l&#8217;Assembl\u00e9e discute du droit de p\u00e9tition[97] L&#8217;article III reconna\u00eet express\u00e9ment le droit des citoyens actifs de se r\u00e9unir pour r\u00e9diger des p\u00e9titions et des adresses et les pr\u00e9senter aux autorit\u00e9s municipales[98] Le dimanche 15 mai, l&#8217;Assembl\u00e9e constituante d\u00e9clare la citoyennet\u00e9 pleine et \u00e9gale pour tous les gens de couleur libres. Lors du d\u00e9bat, Robespierre d\u00e9clare : &#8221; Je sens que je suis ici pour d\u00e9fendre les droits des hommes ; je ne puis consentir \u00e0 aucun amendement et je demande que le principe soit adopt\u00e9 dans son entier. &#8221; Il descendit de la tribune au milieu des applaudissements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de la gauche et de tous les tribuns[99] Les 16-18 mai, lorsque les \u00e9lections commenc\u00e8rent, Robespierre proposa et fit adopter la motion selon laquelle aucun d\u00e9put\u00e9 ayant si\u00e9g\u00e9 \u00e0 la Constituante ne pourrait si\u00e9ger \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative suivante. [Le principal objectif tactique de cette ordonnance d&#8217;abn\u00e9gation \u00e9tait de bloquer les ambitions des anciens chefs des Jacobins, Antoine Barnave, Adrien Duport et Alexandre de Lameth[101], qui aspiraient \u00e0 cr\u00e9er une monarchie constitutionnelle \u00e0 peu pr\u00e8s semblable \u00e0 celle de l&#8217;Angleterre[102][i]. Le 28 mai, Robespierre propose que tous les Fran\u00e7ais soient d\u00e9clar\u00e9s citoyens actifs et \u00e9ligibles[104]. Le 30 mai, il prononce un discours sur l&#8217;abolition de la peine de mort, mais sans succ\u00e8s[105]. Selon Hillary Mantel : Il est parfaitement construit, une fusion brillante de la logique et de l&#8217;\u00e9motion, autant une \u0153uvre d&#8217;art que pourrait l&#8217;\u00eatre un b\u00e2timent ou un morceau de musique[106] Le lendemain, Robespierre attaque l&#8217;abb\u00e9 Raynal, qui a envoy\u00e9 une adresse critiquant les travaux de l&#8217;Assembl\u00e9e et demandant le r\u00e9tablissement de la pr\u00e9rogative royale.<\/p>\n<p>Le 10 juin, Robespierre prononce un discours sur l&#8217;\u00e9tat de l&#8217;arm\u00e9e et propose de r\u00e9voquer les officiers[95]. Le lendemain, il accepte la fonction de procureur g\u00e9n\u00e9ral de Paris[107]. Deux jours plus tard, L&#8217;Ami du Roi, pamphlet royaliste, qualifie Robespierre d'&#8221; avocat des bandits, des rebelles et des assassins &#8220;[81]. Le 14 juin, l&#8217;abolition du syst\u00e8me des corporations est scell\u00e9e ; la loi Le Chapelier interdit toute forme de coalition ou d&#8217;assembl\u00e9e ouvri\u00e8re. (Elle concernait en premier lieu autant les p\u00e9titions collectives des clubs politiques que les associations professionnelles[108]). La proclamation de la libre entreprise comme norme indispose Jean-Paul Marat, mais pas l&#8217;ouvrier urbain ni Robespierre[109]. Le 15 juin, P\u00e9tion devient pr\u00e9sident du &#8220;tribunal criminel provisoire&#8221;, apr\u00e8s que Duport a refus\u00e9 de travailler avec Robespierre[110].<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&#8217;\u00e9chec de la fuite de Louis XVI \u00e0 Varennes, l&#8217;Assembl\u00e9e d\u00e9cr\u00e8te que le roi est suspendu de ses fonctions le 25 juin jusqu&#8217;\u00e0 nouvel ordre. Du 13 au 15 juillet, l&#8217;Assembl\u00e9e d\u00e9bat du r\u00e9tablissement du roi et de ses droits constitutionnels[111]. Robespierre d\u00e9clare au Club des Jacobins le 13 juillet : La constitution fran\u00e7aise actuelle est une r\u00e9publique avec un monarque.[112] Elle n&#8217;est donc ni une monarchie ni une r\u00e9publique. Elle est les deux \u00e0 la fois[113]. La foule du Champ de Mars approuve une p\u00e9tition demandant le proc\u00e8s du roi. Alarm\u00e9s par les progr\u00e8s de la R\u00e9volution, les Jacobins mod\u00e9r\u00e9s, favorables \u00e0 une monarchie constitutionnelle, fondent le lendemain le club des Feuillants, emmenant avec eux 264 d\u00e9put\u00e9s. Dans la soir\u00e9e, le roi est r\u00e9tabli dans ses fonctions.<\/p>\n<p>Le samedi 17 juillet, Bailly et La Fayette d\u00e9cr\u00e8tent l&#8217;interdiction des rassemblements suivie de la loi martiale[114][115] Apr\u00e8s le massacre du Champ de Mars, les autorit\u00e9s ordonnent de nombreuses arrestations. Robespierre, qui fr\u00e9quente le club des Jacobins, n&#8217;ose pas regagner la rue Saintonge o\u00f9 il loge, et demande donc \u00e0 Laurent Lecointre s&#8217;il conna\u00eet un patriote pr\u00e8s des Tuileries qui pourrait l&#8217;h\u00e9berger pour la nuit. Lecointre lui propose la maison de Duplay et l&#8217;y conduit[116] Maurice Duplay, \u00e9b\u00e9niste et fervent admirateur, habite au 398 de la rue Saint-Honor\u00e9, pr\u00e8s des Tuileries. Apr\u00e8s quelques jours, Robespierre d\u00e9cide de s&#8217;y installer d\u00e9finitivement, bien qu&#8217;il vive dans l&#8217;arri\u00e8re-cour et qu&#8217;il soit constamment expos\u00e9 au bruit du travail[117], motiv\u00e9 par le d\u00e9sir de vivre plus pr\u00e8s de l&#8217;Assembl\u00e9e et du club des Jacobins. En septembre 1792, sa s\u0153ur et son fr\u00e8re cadets le rejoignent et vivent dans la maison de devant, mais Charlotte insiste pour d\u00e9m\u00e9nager au 5 rue St Florentin en raison de son prestige accru et de ses tensions avec Madame Duplay[71]. Selon son ami, le chirurgien Joseph Souberbielle, Joachim Vilate, et la fille de Duplay, \u00c9lisabeth, Robespierre s&#8217;est fianc\u00e9 \u00e0 la fille a\u00een\u00e9e de Duplay, \u00c9l\u00e9onore, mais sa s\u0153ur Charlotte le nie vigoureusement ; de m\u00eame, son fr\u00e8re Augustin refuse de l&#8217;\u00e9pouser[118][119][120].<\/p>\n<p>Le 3 septembre, la Constitution fran\u00e7aise de 1791 est install\u00e9e. Le 29 septembre, la veille de la dissolution de l&#8217;Assembl\u00e9e, Robespierre s&#8217;oppose \u00e0 Jean Le Chapelier, qui veut proclamer la fin de la r\u00e9volution et restreindre la libert\u00e9 des clubs. Robespierre avait soigneusement pr\u00e9par\u00e9 cet affrontement, qui constitue le point culminant de sa carri\u00e8re politique jusqu&#8217;alors[121]. P\u00e9tion et Robespierre sont ramen\u00e9s en triomphe dans leurs foyers[j]. Le 16 octobre, Robespierre tient un discours \u00e0 Arras ; une semaine plus tard, \u00e0 B\u00e9thune, petite ville qu&#8217;il souhaite installer. Robespierre remarque que les auberges du Pas-de-Calais sont remplies d&#8217;\u00e9migr\u00e9s[122]. Le 28 novembre, il est de retour au club des Jacobins, o\u00f9 il re\u00e7oit un accueil triomphal. Collot d&#8217;Herbois c\u00e8de son fauteuil \u00e0 Robespierre, qui pr\u00e9side cette soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Opposition \u00e0 la guerre avec l&#8217;Autriche<\/p>\n<p>Portrait de Robespierre (1792) par Jean-Baptist Fouquet. L&#8217;utilisation d&#8217;un physionotrace permet de r\u00e9aliser un &#8220;grand trait&#8221; en quelques minutes. Ce dessin grandeur nature sur papier rose a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par Fouquet[123].<br \/>\nAu moment de la d\u00e9claration de Pillnitz (27 ao\u00fbt 1791), Brissot dirigeait l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative. La d\u00e9claration \u00e9manait de l&#8217;Autriche et de la Prusse, avertissant le peuple de France de ne pas nuire \u00e0 Louis XVI, sinon ces nations &#8220;interviendraient militairement&#8221; dans la politique de la France. Menac\u00e9 par la d\u00e9claration, Brissot rallie le soutien de l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative. Comme Marat, Danton et Robespierre ne sont pas \u00e9lus dans la nouvelle l\u00e9gislature gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;ordonnance sur l&#8217;autod\u00e9nigrement, la politique d&#8217;opposition se d\u00e9roule souvent en dehors de l&#8217;Assembl\u00e9e. Le 18 d\u00e9cembre 1791, Robespierre prononce un (deuxi\u00e8me) discours au club des Jacobins contre la d\u00e9claration de guerre[124]. Robespierre met en garde contre la menace de dictature d\u00e9coulant de la guerre, dans les termes suivants :<\/p>\n<p>S&#8217;ils sont C\u00e9sars, Catilinas ou Cromwells, ils s&#8217;emparent du pouvoir pour eux-m\u00eames. S&#8217;ils sont des courtisans veules, peu int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 faire le bien, mais dangereux quand ils cherchent \u00e0 faire le mal, ils retournent d\u00e9poser leur pouvoir aux pieds de leur ma\u00eetre et l&#8217;aident \u00e0 reprendre le pouvoir arbitraire \u00e0 condition de devenir ses principaux serviteurs[125].<\/p>\n<p>Le 25 d\u00e9cembre, Guadet, pr\u00e9sident de l&#8217;Assembl\u00e9e, propose que 1792 soit la premi\u00e8re ann\u00e9e de la libert\u00e9 universelle[126]. Il d\u00e9clare le 29 d\u00e9cembre qu&#8217;une guerre serait un bienfait pour la nation et relancerait l&#8217;\u00e9conomie. Il incite la France \u00e0 d\u00e9clarer la guerre \u00e0 l&#8217;Autriche (guerre de la premi\u00e8re coalition). Marat et Robespierre s&#8217;y oppos\u00e8rent, arguant que la victoire cr\u00e9erait une dictature, tandis que la d\u00e9faite r\u00e9tablirait le roi dans ses anciens pouvoirs ; aucune de ces deux fins, disait-il, ne servirait la r\u00e9volution[127].<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e la plus extravagante qui puisse na\u00eetre dans la t\u00eate d&#8217;un homme politique est de croire qu&#8217;il suffit \u00e0 un peuple d&#8217;envahir un pays \u00e9tranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n&#8217;aime les missionnaires arm\u00e9s&#8230; La D\u00e9claration des droits de l&#8217;homme&#8230; n&#8217;est pas un \u00e9clair qui frappe tous les tr\u00f4nes en m\u00eame temps&#8230; Je suis loin de pr\u00e9tendre que notre R\u00e9volution ne finira pas par influencer le destin du monde&#8230; Mais je dis que ce ne sera pas aujourd&#8217;hui (2 janvier 1792)[128].<\/p>\n<p>Cette opposition des alli\u00e9s attendus irrite les Girondins, et la guerre devient un point de discorde majeur entre les factions. Dans son troisi\u00e8me discours sur la guerre, Robespierre riposte dans le club des Jacobins : &#8221; Une guerre r\u00e9volutionnaire doit \u00eatre men\u00e9e pour lib\u00e9rer les sujets et les esclaves d&#8217;une tyrannie injuste, et non pour les raisons traditionnelles de d\u00e9fense des dynasties et d&#8217;expansion des fronti\u00e8res&#8230; &#8221; En effet, argumente Robespierre, une telle guerre ne pouvait que favoriser les forces de la contre-r\u00e9volution, puisqu&#8217;elle ferait le jeu de ceux qui s&#8217;opposent \u00e0 la souverainet\u00e9 du peuple. Les risques du c\u00e9sarisme sont clairs, car, en temps de guerre, les pouvoirs des g\u00e9n\u00e9raux s&#8217;accro\u00eetraient au d\u00e9triment des simples soldats, et le pouvoir du roi et de la cour au d\u00e9triment de l&#8217;Assembl\u00e9e. Ces dangers ne doivent pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9s, rappelle-t-il \u00e0 ses auditeurs ; &#8220;&#8230;dans les p\u00e9riodes troubl\u00e9es de l&#8217;histoire, les g\u00e9n\u00e9raux sont souvent devenus les arbitres du sort de leurs pays&#8221;[129]. Son discours est n\u00e9anmoins publi\u00e9 et envoy\u00e9 \u00e0 tous les clubs et soci\u00e9t\u00e9s jacobines de France[130].<\/p>\n<p>Maximilien Robespierre, physionotrace par Chr\u00e9tien, l&#8217;inventeur[131] En r\u00e9glant les aiguilles d&#8217;un pantographe, il obtient un rapport de r\u00e9duction. Ce dispositif \u00e9tait reli\u00e9 \u00e0 une aiguille \u00e0 graver. Il permettait ainsi de r\u00e9aliser de multiples copies de portraits[132].<br \/>\nLe 10 f\u00e9vrier 1792, il prononce un discours sur les moyens de sauver l&#8217;\u00c9tat et la Libert\u00e9 et n&#8217;utilise pas le mot guerre. Il commence par assurer \u00e0 son auditoire que tout ce qu&#8217;il a l&#8217;intention de proposer est strictement constitutionnel. Il pr\u00e9conise ensuite des mesures concr\u00e8tes pour renforcer, non pas tant les d\u00e9fenses nationales que les forces sur lesquelles on peut compter pour d\u00e9fendre la r\u00e9volution[133] : non seulement la garde nationale mais aussi le peuple doivent \u00eatre arm\u00e9s, si n\u00e9cessaire de piques. Robespierre promeut une arm\u00e9e populaire, continuellement sous les armes et capable d&#8217;imposer sa volont\u00e9 aux Feuillants et aux Girondins du Cabinet constitutionnel de Louis XVI et de l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative[134]. Les Jacobins d\u00e9cident d&#8217;\u00e9tudier son discours avant de d\u00e9cider s&#8217;il doit \u00eatre imprim\u00e9[135].<\/p>\n<p>Les Girondins pr\u00e9voient des strat\u00e9gies pour d\u00e9jouer l&#8217;influence de Robespierre au sein des Jacobins[136]. Il est accus\u00e9 par Brissot et Guadet de vouloir devenir l&#8217;idole du peuple[137]. Le 26 mars, Guadet accuse Robespierre de superstition, s&#8217;en remettant \u00e0 la providence divine[138] ; \u00e9tant contre la guerre, il est \u00e9galement accus\u00e9 d&#8217;agir comme agent secret du Comit\u00e9 autrichien[139]. [Lorsque, au printemps 1792, sous la pression de l&#8217;Assembl\u00e9e, le roi accepte quelques ministres girondins dans son cabinet, ce n&#8217;est, selon Louvet, qu&#8217;en raison d&#8217;une campagne de d\u00e9nigrement men\u00e9e par Robespierre et ses partisans qu&#8217;il n&#8217;est pas \u00e9galement nomm\u00e9[140]. Le 10 avril, Robespierre d\u00e9missionne du poste de procureur g\u00e9n\u00e9ral qu&#8217;il occupait officiellement depuis le 15 f\u00e9vrier[141][142] Il explique sa d\u00e9mission devant le Club des Jacobins, le 27 avril, dans le cadre de son discours r\u00e9pondant aux accusations port\u00e9es contre lui. Il menace de quitter les Jacobins, affirmant qu&#8217;il pr\u00e9f\u00e8re poursuivre sa mission en tant que simple citoyen[143].<\/p>\n<p>Le 17 mai, Robespierre publie le premier num\u00e9ro de son journal Le D\u00e9fenseur de la Constitution, dans lequel il attaque Brissot et fait conna\u00eetre son scepticisme \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de tout le mouvement de la guerre[144]. [Le journal, imprim\u00e9 par son voisin Nicolas, sert de multiples objectifs : imprimer ses discours, contrer l&#8217;influence de la cour royale dans la politique publique, le d\u00e9fendre contre les accusations des dirigeants girondistes et donner une voix aux int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et d\u00e9mocratiques des grandes masses de Paris et d\u00e9fendre leurs droits[146][147].<\/p>\n<p>La Commune insurrectionnelle de Paris<\/p>\n<p>Le D\u00e9fenseur de la Constitution (n\u00b05)<\/p>\n<p>Manifestation du 20 juin 1792 aux Tuileries<br \/>\nLorsque l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative d\u00e9clare la guerre \u00e0 l&#8217;Autriche le 20 avril 1792, Robespierre d\u00e9clare que le peuple fran\u00e7ais doit se soulever et s&#8217;armer compl\u00e8tement, que ce soit pour combattre \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger ou pour surveiller le despotisme \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur[148]. Robespierre r\u00e9agit en travaillant \u00e0 r\u00e9duire l&#8217;influence politique de la classe des officiers et du roi. Le 23 avril, Robespierre demande au marquis de Lafayette, chef de l&#8217;arm\u00e9e du Centre, de se retirer. Tout en plaidant pour le bien-\u00eatre des simples soldats, Robespierre pr\u00e9conise de nouvelles promotions pour att\u00e9nuer la domination de la classe des officiers par l&#8217;\u00c9cole militaire aristocratique et royaliste et la Garde nationale conservatrice[k]. [Avec d&#8217;autres jacobins, il pr\u00e9conise dans le cinqui\u00e8me num\u00e9ro de sa revue la cr\u00e9ation d&#8217;une &#8221; arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire &#8221; \u00e0 Paris, compos\u00e9e d&#8217;au moins 20 000 hommes[150], pour d\u00e9fendre la ville, la &#8221; libert\u00e9 &#8221; (la r\u00e9volution), maintenir l&#8217;ordre dans les sections et \u00e9duquer les membres aux principes d\u00e9mocratiques ; une id\u00e9e qu&#8217;il emprunte \u00e0 Jean-Jacques Rousseau[151]. Selon Jean Jaur\u00e8s, il consid\u00e9rait cela encore plus important que le droit de gr\u00e8ve[citation n\u00e9cessaire][94].<\/p>\n<p>Le 29 mai 1792, l&#8217;Assembl\u00e9e dissout la Garde constitutionnelle, la soup\u00e7onnant de sympathies royalistes et contre-r\u00e9volutionnaires. D\u00e9but juin 1792, Robespierre propose la fin de la monarchie et la subordination de l&#8217;Assembl\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale[152]. Apr\u00e8s le veto du roi aux efforts de l&#8217;Assembl\u00e9e pour supprimer la proposition de Carnot et Servan de lever une milice (permanente) de volontaires le 8 juin[153], la monarchie doit faire face \u00e0 une manifestation avort\u00e9e le 20 juin. [Sergent-Marceau et Panis, les administrateurs de police, sont envoy\u00e9s par P\u00e9tion pour inciter les Sans-culottes \u00e0 d\u00e9poser les armes, en leur disant qu&#8217;il est ill\u00e9gal de pr\u00e9senter une p\u00e9tition en armes (pour demander au roi d&#8217;appliquer la constitution, d&#8217;accepter les d\u00e9crets et de rappeler les ministres). Leur marche vers les Tuileries n&#8217;est pas interdite. Ils ont invit\u00e9 les officiels \u00e0 se joindre au cort\u00e8ge et \u00e0 marcher avec eux[156].<\/p>\n<p>Les forces fran\u00e7aises ayant subi des d\u00e9faites d\u00e9sastreuses et une s\u00e9rie de d\u00e9fections au d\u00e9but de la guerre, Robespierre et Marat craignaient la possibilit\u00e9 d&#8217;un coup d&#8217;\u00c9tat militaire. L&#8217;un d&#8217;eux est men\u00e9 par Lafayette, chef de la Garde nationale, qui, \u00e0 la fin du mois de juin, pr\u00e9conise la suppression du Club des Jacobins. Robespierre l&#8217;attaque publiquement en termes cinglants :<br \/>\n&#8221; G\u00e9n\u00e9ral, tandis que du milieu de votre camp vous me d\u00e9clariez la guerre, que vous aviez jusqu&#8217;ici \u00e9pargn\u00e9e aux ennemis de notre \u00c9tat, tandis que vous me d\u00e9nonciez comme ennemi de la libert\u00e9 \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e, \u00e0 la garde nationale et \u00e0 la nation dans des lettres publi\u00e9es par vos journaux achet\u00e9s, j&#8217;avais cru n&#8217;avoir qu&#8217;une dispute avec un g\u00e9n\u00e9ral&#8230; mais pas encore le dictateur de la France, arbitre de l&#8217;\u00c9tat. &#8220;[157].<\/p>\n<p>Le 2 juillet, l&#8217;Assembl\u00e9e autorise la Garde nationale \u00e0 se rendre \u00e0 la f\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration le 14 juillet, contournant ainsi un veto royal. Le 11 juillet, les Jacobins gagnent un vote d&#8217;urgence dans l&#8217;Assembl\u00e9e h\u00e9sitante, d\u00e9clarant la nation en danger et enr\u00f4lant dans la Garde nationale tous les Parisiens munis de piques[158] (Pendant ce temps, les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s entrent dans la ville pour la f\u00eate du 14 juillet ; P\u00e9tion est r\u00e9install\u00e9). Le 15 juillet, Billaud-Varenne, au club des Jacobins, expose le programme qui suivra le soul\u00e8vement : la d\u00e9portation de tous les Bourbons, l&#8217;\u00e9puration de la Garde nationale, l&#8217;\u00e9lection d&#8217;une Convention, le &#8221; transfert du veto royal au peuple &#8220;, la d\u00e9portation de tous les &#8221; ennemis du peuple &#8221; et l&#8217;exemption d&#8217;imp\u00f4ts pour les plus pauvres. Ce sentiment refl\u00e8te le point de vue des Jacobins les plus radicaux, y compris ceux du Club de Marseille, qui \u00e9crivent au maire et aux habitants de Paris : &#8221; Ici et \u00e0 Toulon, nous avons discut\u00e9 la possibilit\u00e9 de former une colonne de 100 000 hommes pour balayer nos ennemis&#8230; Paris peut avoir besoin d&#8217;aide. Faites appel \u00e0 nous !&#8221; [159]<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, la nouvelle du Manifeste de Brunswick commen\u00e7ait \u00e0 se r\u00e9pandre dans Paris. Il est fr\u00e9quemment d\u00e9crit comme ill\u00e9gal et attentatoire \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale[160] Le 1er ao\u00fbt, l&#8217;Assembl\u00e9e vote la proposition de Carnot et ordonne aux municipalit\u00e9s de d\u00e9livrer des piques \u00e0 tous les citoyens, sauf aux vagabonds, etc[161][162][163] Le 3 ao\u00fbt, le maire et 47 sections demandent la d\u00e9position du roi. Le 4 ao\u00fbt, le gouvernement envisage de se d\u00e9rober ; dans la nuit, des volontaires de Marseille conduits par Charles Barbaroux s&#8217;installent au couvent des Cordeliers[164]. Le 5 ao\u00fbt, Robespierre annonce la d\u00e9couverte d&#8217;un plan de fuite du roi au ch\u00e2teau de Gaillon[165]. Le 7 ao\u00fbt, P\u00e9tion propose \u00e0 Robespierre de contribuer au d\u00e9part des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s pour apaiser la capitale[166]. [Le Conseil des ministres propose d&#8217;arr\u00eater Danton, Marat et Robespierre s&#8217;ils se rendent au club des Jacobins[167]. Le 9 ao\u00fbt, l&#8217;Assembl\u00e9e ayant refus\u00e9 de destituer LaFayette, le tocsin appelle les sections aux armes[168]. Le soir, les &#8220;commissionnaires&#8221; de plusieurs sections (Billaud-Varenne, Chaumette, H\u00e9bert, Hanriot, Fleuriot-Lescot, Pache, Bourdon) se r\u00e9unissent \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville. A minuit, l&#8217;administration municipale de la ville fut dissoute. Sulpice Huguenin, chef des sans-culottes du faubourg Saint-Antoine, est nomm\u00e9 pr\u00e9sident provisoire de la Commune insurrectionnelle.<\/p>\n<p>Un sans-culotte avec sa pique<br \/>\nLe vendredi 10 ao\u00fbt au petit matin, 30 000 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s (volontaires venus des campagnes) et Sans-culottes (militants des sections parisiennes) m\u00e8nent avec succ\u00e8s l&#8217;assaut des Tuileries[169] ; selon Robespierre, c&#8217;est le triomphe des citoyens &#8220;passifs&#8221; (non votants). L&#8217;Assembl\u00e9e effray\u00e9e suspend le roi et vote l&#8217;\u00e9lection d&#8217;une Convention nationale pour le remplacer[170]. Dans la nuit du 11 ao\u00fbt, Robespierre est \u00e9lu \u00e0 la Commune de Paris comme repr\u00e9sentant de la &#8220;Section de Piques&#8221;, le quartier o\u00f9 il habitait. Le comit\u00e9 directeur demande la convocation d&#8217;une convention choisie au suffrage universel masculin[171], pour former un nouveau gouvernement et r\u00e9organiser la France. Camille Desmoulins pense que tout est fini et qu&#8217;ils peuvent enfin se reposer, mais Robespierre passe outre en faisant remarquer que ce ne peut \u00eatre que le d\u00e9but. Le 13 ao\u00fbt, Robespierre se d\u00e9clare contre le renforcement des d\u00e9partements [172]. Le lendemain, Danton l&#8217;invite \u00e0 entrer au Conseil de justice. Robespierre publie le douzi\u00e8me et dernier num\u00e9ro du &#8220;D\u00e9fenseur de la Constitution&#8221;, \u00e0 la fois compte rendu et testament politique[173]. Le 16 ao\u00fbt, Robespierre pr\u00e9sente \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative une p\u00e9tition de la Commune de Paris pour demander l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un Tribunal r\u00e9volutionnaire provisoire qui doit s&#8217;occuper des &#8220;tra\u00eetres&#8221; et des &#8220;ennemis du peuple&#8221;. Le lendemain, Robespierre est d\u00e9sign\u00e9 comme l&#8217;un des huit juges, mais il refuse de le pr\u00e9sider[174]. Il refuse toute fonction qui pourrait l&#8217;\u00e9loigner de la sc\u00e8ne politique[175] (Fouquier-Tinville est nomm\u00e9 pr\u00e9sident). L&#8217;arm\u00e9e prussienne franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise le 19 ao\u00fbt. Les sections arm\u00e9es de Paris furent incorpor\u00e9es dans 48 bataillons de la Garde nationale sous les ordres de Santerre. L&#8217;Assembl\u00e9e d\u00e9cr\u00e8te que tous les pr\u00eatres non-jur\u00e9s doivent quitter Paris dans la semaine et le pays dans les quinze jours[176]. Le 27 ao\u00fbt, en pr\u00e9sence de pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population parisienne, une c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e8bre est organis\u00e9e place du Carrousel pour les victimes tu\u00e9es lors de l&#8217;assaut des Tuileries[177].<\/p>\n<p>Les citoyens passifs s&#8217;efforcent encore de se faire accepter et de se faire fournir des armes. Danton propose que l&#8217;Assembl\u00e9e autorise les perquisitions &#8221; pour distribuer aux d\u00e9fenseurs de la Patrie les armes que les citoyens indolents ou mal dispos\u00e9s peuvent cacher &#8220;[174]. La section Sans-culottes s&#8217;organise en comit\u00e9 de surveillance, effectue des perquisitions et des arrestations dans tout Paris[178][179] Les portes sont ferm\u00e9es pour emp\u00eacher les suspects (royalistes) et les d\u00e9put\u00e9s de sortir de la ville. Les perquisitions commenc\u00e8rent le 29 ao\u00fbt et semblent s&#8217;\u00eatre poursuivies pendant deux jours[174] Marat et Robespierre n&#8217;appr\u00e9ciaient pas Condorcet qui proposait que les &#8221; ennemis du peuple &#8221; appartiennent \u00e0 toute la nation et doivent \u00eatre jug\u00e9s constitutionnellement en son nom[180] Un conflit aigu se d\u00e9veloppa entre le Corps l\u00e9gislatif et la Commune et ses sections[181][175] Le 30 ao\u00fbt, le ministre int\u00e9rimaire de l&#8217;Int\u00e9rieur Roland et Guadet tent\u00e8rent de supprimer l&#8217;influence de la Commune car les sections avaient \u00e9puis\u00e9 les perquisitions. L&#8217;Assembl\u00e9e, fatigu\u00e9e des pressions, d\u00e9clare la Commune ill\u00e9gale et propose l&#8217;organisation d&#8217;\u00e9lections communales[182].<\/p>\n<p>Robespierre ne veut plus coop\u00e9rer avec Brissot, qui favorise le duc de Brunswick, et Roland, qui propose que les membres du gouvernement quittent Paris en emportant le tr\u00e9sor et le roi[174]. Le dimanche matin 2 septembre, les membres de la Commune, r\u00e9unis \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville pour proc\u00e9der \u00e0 l&#8217;\u00e9lection des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 la Convention nationale, d\u00e9cident de maintenir leurs si\u00e8ges et de faire arr\u00eater Rolland et Brissot[183][184] Madame de Sta\u00ebl qui tente de fuir Paris est contrainte par la foule de se rendre \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville. Elle constate que Robespierre est \u00e0 la pr\u00e9sidence ce jour-l\u00e0, assist\u00e9 de Collot d&#8217;Herbois et Billaud-Varenne comme secr\u00e9taires[185].<\/p>\n<p>La Convention nationale<br \/>\nArticle principal : Convention nationale<\/p>\n<p>Rencontre imaginaire entre Robespierre, Danton et Marat (illustrant le roman Quatre-vingt-treize de Victor Hugo) par Alfred Loudet<br \/>\nLe 2 septembre 1792, les \u00e9lections \u00e0 la Convention nationale fran\u00e7aise commencent. Au m\u00eame moment, Paris organise sa d\u00e9fense, mais se heurte au manque d&#8217;armes pour les milliers de volontaires. Danton prononce un discours \u00e0 l&#8217;assembl\u00e9e et fait peut-\u00eatre r\u00e9f\u00e9rence aux d\u00e9tenus (suisses) : &#8220;Nous demandons que tous ceux qui refuseront de servir en personne, ou de rendre leurs armes, soient punis de mort&#8221;[186][187] Peu de temps apr\u00e8s d\u00e9butent les massacres de septembre[188][189][190] Charlotte Corday tient Marat pour responsable, Madame Roland Danton. Robespierre se rendit \u00e0 la prison du Temple pour s&#8217;assurer de la s\u00e9curit\u00e9 de la famille royale.[191] Le lendemain, sur proposition de Collot d&#8217;Herbois, l&#8217;Assembl\u00e9e d\u00e9cida d&#8217;exclure les d\u00e9put\u00e9s royalistes de la r\u00e9\u00e9lection \u00e0 la Convention.[192] Robespierre fit en sorte que Brissot (et ses camarades brissotins P\u00e9tion et Condorcet) ne puissent \u00eatre \u00e9lus \u00e0 Paris. [Selon Charlotte Robespierre, son fr\u00e8re cessa de parler \u00e0 son ancien ami, le maire P\u00e9tion de Villeneuve, accus\u00e9 de consommation ostentatoire par Desmoulins[194], et se rallia finalement \u00e0 Brissot[195]. Le 5 septembre, Robespierre fut \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention nationale, mais Danton et Collot d&#8217;Herbois obtinrent plus de voix que Robespierre[150]. Madame Roland \u00e9crivit \u00e0 une amie : &#8221; Nous sommes sous le couteau de Robespierre et de Marat, ceux qui agiteraient le peuple &#8220;[196].<\/p>\n<p>Le 21 septembre, P\u00e9tion fut \u00e9lu pr\u00e9sident de la convention ; presque tous les membres \u00e9taient des avocats. Les Jacobins et les Cordeliers occup\u00e8rent les bancs \u00e9lev\u00e9s du fond de l&#8217;ancienne salle du Man\u00e8ge, ce qui leur donna l&#8217;\u00e9tiquette de &#8220;Montagnards&#8221;, ou &#8220;les Montagnards&#8221; ; au-dessous d&#8217;eux se trouvait le &#8220;Man\u00e8ge&#8221; des Girondistes, r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s. La majorit\u00e9 la Plaine \u00e9tait form\u00e9e d&#8217;ind\u00e9pendants (comme Bar\u00e8re, Cambon et Carnot) mais domin\u00e9e par la Montagne radicale[197]. Les 25 et 26 septembre, les Girondistes Barbaroux et Lasource accusent Robespierre de vouloir former une dictature[198]. Danton est pri\u00e9 de d\u00e9missionner de son poste de ministre car il est aussi d\u00e9put\u00e9. Des rumeurs se r\u00e9pandent selon lesquelles Robespierre, Marat et Danton complotent pour \u00e9tablir un triumvirat afin de sauver la Premi\u00e8re R\u00e9publique fran\u00e7aise. (D&#8217;octobre 1791 \u00e0 septembre 1792, l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative fran\u00e7aise conna\u00eet un roulement sans pr\u00e9c\u00e9dent de quatre ministres de la Justice, quatre ministres de la Marine, six ministres de l&#8217;Int\u00e9rieur, sept ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res et huit ministres de la Guerre[199]). Le 30 septembre, Robespierre plaide pour de meilleures lois ; l&#8217;enregistrement des mariages, des naissances et des s\u00e9pultures est retir\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9glise. Le 29 octobre, Louvet de Couvrai attaque Robespierre[200] : il l&#8217;accuse d&#8217;avoir des allures de star[201] et de n&#8217;avoir rien fait pour arr\u00eater le massacre de septembre ; au contraire, il s&#8217;en est servi pour faire \u00e9lire plus de Montagnards[202]. Robespierre, qui semble avoir \u00e9t\u00e9 malade se voit accorder une semaine pour r\u00e9pondre. Le 5 novembre, Robespierre prend sa d\u00e9fense, celle du Club des Jacobins et de ses partisans \u00e0 Paris et au-del\u00e0 :<\/p>\n<p>Sur les Jacobins, j&#8217;exerce, s&#8217;il faut en croire mes accusateurs, un despotisme d&#8217;opinion, qui ne peut \u00eatre regard\u00e9 que comme le pr\u00e9curseur de la dictature. D&#8217;abord, je ne sais pas ce que c&#8217;est qu&#8217;une dictature d&#8217;opinion, surtout dans une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;hommes libres&#8230; \u00e0 moins que ce ne soit que la contrainte naturelle des principes. Cette contrainte n&#8217;appartient gu\u00e8re \u00e0 l&#8217;homme qui les \u00e9nonce ; elle appartient \u00e0 la raison universelle et \u00e0 tous les hommes qui veulent \u00e9couter sa voix. Elle appartient \u00e0 mes coll\u00e8gues de l&#8217;Assembl\u00e9e constituante, aux patriotes de l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, \u00e0 tous les citoyens qui d\u00e9fendront invariablement la cause de la libert\u00e9. L&#8217;exp\u00e9rience a prouv\u00e9, malgr\u00e9 Louis XVI et ses alli\u00e9s, que l&#8217;opinion des Jacobins et des clubs populaires \u00e9tait celle de la Nation fran\u00e7aise ; aucun citoyen ne l&#8217;a faite, et je n&#8217;ai fait qu&#8217;y prendre part[203].<\/p>\n<p>Retournant les accusations contre ses accusateurs, Robespierre pronon\u00e7a devant l&#8217;Assembl\u00e9e une des r\u00e9pliques les plus c\u00e9l\u00e8bres de la R\u00e9volution fran\u00e7aise :<\/p>\n<p>Je ne vous rappellerai pas que l&#8217;unique objet de la dispute qui nous divise est que vous avez instinctivement d\u00e9fendu tous les actes des nouveaux ministres, et nous, des principes ; que vous avez paru pr\u00e9f\u00e9rer le pouvoir, et nous l&#8217;\u00e9galit\u00e9&#8230;. Pourquoi ne poursuivez-vous pas la Commune, l&#8217;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, les Sections de Paris, les Assembl\u00e9es des Cantons et tous ceux qui nous ont imit\u00e9s ? Car toutes ces choses ont \u00e9t\u00e9 ill\u00e9gales, aussi ill\u00e9gales que la R\u00e9volution, que la chute de la Monarchie et de la Bastille, aussi ill\u00e9gales que la libert\u00e9 elle-m\u00eame&#8230;. Citoyens, voulez-vous une r\u00e9volution sans r\u00e9volution ? Quel est cet esprit de pers\u00e9cution qui s&#8217;est dirig\u00e9 contre ceux qui nous ont d\u00e9livr\u00e9s des cha\u00eenes ?[204].<\/p>\n<p>En novembre 1792, Condorcet consid\u00e9rait la R\u00e9volution fran\u00e7aise comme une religion et Robespierre avait toutes les caract\u00e9ristiques du chef d&#8217;une secte[205],[206] ou d&#8217;un culte[207]. Comme ses adversaires le savaient bien, Robespierre avait une forte base de soutien parmi les femmes de Paris. John Moore (m\u00e9decin \u00e9cossais) \u00e9tait assis dans les tribunes et a not\u00e9 que le public \u00e9tait &#8221; presque enti\u00e8rement \ufb01ll\u00e9 de femmes &#8220;[208][209] C&#8217;est un pr\u00eatre qui a ses d\u00e9vots mais il est \u00e9vident que tout son pouvoir r\u00e9side dans la quenouille. Robespierre tente de faire appel aux femmes car au d\u00e9but de la R\u00e9volution, lorsqu&#8217;il avait essay\u00e9 de faire appel aux hommes, il avait \u00e9chou\u00e9[208].Les Girondins appellent les autorit\u00e9s locales \u00e0 s&#8217;opposer \u00e0 la concentration et \u00e0 la centralisation du pouvoir.<\/p>\n<p>Ex\u00e9cution de Louis XVI<\/p>\n<p>Plaidoy\u00e9 de Louis XVI accompagn\u00e9 de De S\u00e8ze, Valaz\u00e9 \u00e0 l&#8217;assembl\u00e9e de la Convention, salle du Man\u00e8ge, palais des Tuileries, 26 d\u00e9cembre. Gravure de Reinier Vinkeles<br \/>\nLa d\u00e9claration unanime de la R\u00e9publique fran\u00e7aise par la Convention le 21 septembre 1792 laisse en suspens le sort de l&#8217;ancien roi. Une commission est donc cr\u00e9\u00e9e pour examiner les preuves \u00e0 charge, tandis que le comit\u00e9 de l\u00e9gislation de la Convention \u00e9tudie les aspects juridiques d&#8217;un \u00e9ventuel proc\u00e8s. La plupart des Montagnards sont favorables au jugement et \u00e0 l&#8217;ex\u00e9cution, tandis que les Girondins sont plus divis\u00e9s sur la mani\u00e8re de proc\u00e9der, certains plaidant pour l&#8217;inviolabilit\u00e9 royale, d&#8217;autres pour la cl\u00e9mence, d&#8217;autres encore pour une peine moindre ou le bannissement. [Le 13 novembre, Robespierre d\u00e9clara \u00e0 la Convention qu&#8217;une Constitution que Louis avait viol\u00e9e lui-m\u00eame, et qui d\u00e9clarait son inviolabilit\u00e9, ne pouvait maintenant \u00eatre utilis\u00e9e pour sa d\u00e9fense[211]. Robespierre avait \u00e9t\u00e9 pris de maladie et n&#8217;avait gu\u00e8re fait que soutenir Saint-Just, ancien colonel de la Garde nationale, qui pronon\u00e7a son premier grand discours pour s&#8217;adresser et argumenter contre l&#8217;inviolabilit\u00e9 du roi. Le 20 novembre, l&#8217;opinion se retourne nettement contre Louis \u00e0 la suite de la d\u00e9couverte d&#8217;une cache secr\u00e8te de 726 documents constitu\u00e9s de communications personnelles de Louis avec des banquiers et des ministres[212]. Lors de son proc\u00e8s, il pr\u00e9tend ne pas reconna\u00eetre des documents clairement sign\u00e9s de sa main[213].<\/p>\n<p>La question du sort du roi occupant d\u00e9sormais le discours public, Robespierre pronon\u00e7a le 3 d\u00e9cembre un discours qui allait d\u00e9finir la rh\u00e9torique et le d\u00e9roulement du proc\u00e8s de Louis[214]. Tous les d\u00e9put\u00e9s de la Montagne furent pri\u00e9s d&#8217;y assister. Robespierre soutient que le roi d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 ne peut plus fonctionner que comme une menace pour la libert\u00e9 et la paix nationale et que les membres de l&#8217;Assembl\u00e9e ne doivent pas \u00eatre des juges impartiaux mais des hommes d&#8217;\u00c9tat charg\u00e9s d&#8217;assurer la s\u00e9curit\u00e9 publique :<\/p>\n<p>Louis \u00e9tait roi, notre r\u00e9publique est \u00e9tablie ; la question essentielle qui vous concerne doit \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e par ces seuls mots. Louis a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 par ses crimes ; Louis a d\u00e9nonc\u00e9 le peuple fran\u00e7ais comme rebelle ; il a fait appel aux cha\u00eenes, aux arm\u00e9es de tyrans qui sont ses fr\u00e8res ; la victoire du peuple a \u00e9tabli que Louis seul \u00e9tait rebelle ; Louis ne peut donc \u00eatre jug\u00e9 ; il l&#8217;est d\u00e9j\u00e0. Il est condamn\u00e9, ou la r\u00e9publique ne peut \u00eatre absoute. Proposer de faire le proc\u00e8s de Louis XVI, de quelque mani\u00e8re qu&#8217;on le fasse, c&#8217;est r\u00e9trograder au despotisme royal et \u00e0 la constitutionnalit\u00e9 ; c&#8217;est une id\u00e9e contre-r\u00e9volutionnaire, parce qu&#8217;elle met la r\u00e9volution elle-m\u00eame en litige. En effet, si Louis peut encore \u00eatre jug\u00e9, il peut \u00eatre absous, et innocent. Que dois-je dire ? Il est pr\u00e9sum\u00e9 l&#8217;\u00eatre jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il soit jug\u00e9. Mais si Louis est absous, s&#8217;il peut \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9 innocent, que devient la r\u00e9volution ? Si Louis est innocent, tous les d\u00e9fenseurs de la libert\u00e9 deviennent des calomniateurs. [215]<\/p>\n<p>En plaidant pour un jugement par la Convention \u00e9lue sans proc\u00e8s, Robespierre soutient les recommandations de Jean-Baptiste Mailhe, qui dirigeait la commission charg\u00e9e de rapporter les aspects juridiques du proc\u00e8s ou du jugement de Louis. Contrairement \u00e0 certains Girondins, Robespierre s&#8217;oppose express\u00e9ment au jugement par des assembl\u00e9es primaires ou un r\u00e9f\u00e9rendum, estimant que cela pourrait provoquer une guerre civile[216]. S&#8217;il demande un proc\u00e8s de la reine Marie-Antoinette et l&#8217;emprisonnement du Dauphin de France, Robespierre pr\u00e9conise l&#8217;ex\u00e9cution du roi malgr\u00e9 son opposition \u00e0 la peine capitale :<\/p>\n<p>Oui, la peine de mort est, en g\u00e9n\u00e9ral, un crime, injustifiable par les principes indestructibles de la nature, sauf dans les cas qui prot\u00e8gent la s\u00e9curit\u00e9 des individus ou de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. Les d\u00e9lits ordinaires n&#8217;ont jamais menac\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 publique, car la soci\u00e9t\u00e9 peut toujours se prot\u00e9ger par d&#8217;autres moyens, rendant les coupables impuissants \u00e0 lui nuire. Mais pour un roi d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 au sein d&#8217;une r\u00e9volution, qui n&#8217;est encore ciment\u00e9e que par des lois ; pour un roi dont le nom attire le fl\u00e9au de la guerre sur une nation troubl\u00e9e ; ni la prison, ni l&#8217;exil ne peuvent rendre son existence sans cons\u00e9quence pour le bonheur public ; cette cruelle exception aux lois ordinaires consacr\u00e9es par la justice ne peut \u00eatre imput\u00e9e qu&#8217;\u00e0 la nature de ses crimes. A regret, je prononce cette fatale v\u00e9rit\u00e9 : il faut que Louis meure pour que la nation vive[217].<\/p>\n<p>Le 4 d\u00e9cembre, la Convention d\u00e9cr\u00e8te ill\u00e9gaux tous les \u00e9crits royalistes[218]. Le 26 d\u00e9cembre est le jour de la derni\u00e8re audition du roi. Le 14 janvier 1793, le roi est d\u00e9clar\u00e9 coupable \u00e0 l&#8217;unanimit\u00e9 de conspiration et d&#8217;attentats \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique. Le 15 janvier, l&#8217;appel au r\u00e9f\u00e9rendum est rejet\u00e9 par 424 voix contre 287, Robespierre en t\u00eate. Le 16 janvier, le vote commence pour d\u00e9terminer la peine du roi ; la s\u00e9ance se poursuit pendant 24 heures. Robespierre travaille ardemment \u00e0 l&#8217;ex\u00e9cution du roi. Les Jacobins font \u00e9chec au dernier appel \u00e0 la cl\u00e9mence des Girondins[219]. Le 20 janvier, la moiti\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s votent pour une mort imm\u00e9diate. Le lendemain, Louis XVI est guillotin\u00e9[220].<\/p>\n<p>Destruction des Girondistes<\/p>\n<p>Journ\u00e9es des 31 mai, 1er et 2 juin 1793, gravure de la Convention entour\u00e9e de gardes nationaux, obligeant les d\u00e9put\u00e9s \u00e0 arr\u00eater les Girondins et \u00e0 constituer une force arm\u00e9e de 6 000 hommes. L&#8217;insurrection est organis\u00e9e par la Commune de Paris et soutenue par les Montagnards.<\/p>\n<p>L&#8217;insurrection des sans-culottes parisiens du 31 mai au 2 juin 1793. La sc\u00e8ne se d\u00e9roule devant la Chambre des d\u00e9put\u00e9s aux Tuileries. La repr\u00e9sentation montre Marie-Jean H\u00e9rault de S\u00e9chelles et Pierre Victurnien Vergniaud.<br \/>\nApr\u00e8s l&#8217;ex\u00e9cution du roi, l&#8217;influence de Robespierre, de Danton et des politiciens pragmatiques s&#8217;accro\u00eet au d\u00e9triment des Girondins qui sont largement consid\u00e9r\u00e9s comme responsables de l&#8217;insuffisance de la r\u00e9ponse \u00e0 la campagne des Flandres qu&#8217;ils ont eux-m\u00eames initi\u00e9e. \u00c0 la fin du mois de f\u00e9vrier, plus d&#8217;un millier de magasins sont pill\u00e9s \u00e0 Paris. Le 24 f\u00e9vrier, la Convention d\u00e9cr\u00e8te la premi\u00e8re Lev\u00e9e en masse, mais sans succ\u00e8s, car la tentative de recrutement de nouvelles troupes d\u00e9clenche un soul\u00e8vement dans les campagnes fran\u00e7aises. Les Montagnards perdent leur influence \u00e0 Marseille, Toulon et Lyon. Le 10 mars 1793, un Tribunal r\u00e9volutionnaire provisoire est cr\u00e9\u00e9 ; la Convention nomme Fouquier-Tinville procureur g\u00e9n\u00e9ral et Fleuriot-Lescot son adjoint.<\/p>\n<p>Le 12 mars, Charles-Fran\u00e7ois Dumouriez d\u00e9nonce l&#8217;ing\u00e9rence des fonctionnaires du minist\u00e8re de la Guerre qui emploie de nombreux Jacobins[222]. Les chefs jacobins sont persuad\u00e9s qu&#8217;apr\u00e8s la bataille de Neerwinden (1793), la France a fr\u00f4l\u00e9 un coup d&#8217;\u00c9tat militaire mont\u00e9 par Dumouriez et soutenu par les Girondins. Le 18 mars, Bar\u00e8re propose de cr\u00e9er un Comit\u00e9 de salut public. Le 22 mars, Dumouriez exhorte le duc de Chartres \u00e0 se joindre \u00e0 son projet de dissolution de la Convention, de r\u00e9tablissement de la Constitution fran\u00e7aise de 1791, de restauration d&#8217;une monarchie constitutionnelle et de lib\u00e9ration de Marie-Antoinette et de ses enfants[223]. [Le 25 mars, Robespierre devient l&#8217;un des 25 membres du Comit\u00e9 de d\u00e9fense g\u00e9n\u00e9rale charg\u00e9 de coordonner l&#8217;effort de guerre[225] ; il exige que les proches du roi quittent la France, mais Marie-Antoinette doit \u00eatre jug\u00e9e[226] ; il parle de mesures \u00e9nergiques pour sauver la Convention, mais quitte le comit\u00e9 quelques jours plus tard. Marat commence \u00e0 promouvoir une approche plus radicale, la guerre aux Girondins[227]. Il sera arr\u00eat\u00e9 quelques semaines plus tard.<\/p>\n<p>Le 3 avril, Robespierre d\u00e9clare devant la Convention que toute la guerre est un jeu pr\u00e9par\u00e9 entre Dumouriez et Brissot pour renverser la Premi\u00e8re R\u00e9publique fran\u00e7aise. Le 5 avril, la Convention \u00e9largit consid\u00e9rablement les pouvoirs du Tribunal r\u00e9volutionnaire ; la Montagne fait monter les ench\u00e8res en envoyant une circulaire du Club des Jacobins de Paris \u00e0 tous les clubs jacobins fr\u00e8res de France, pour demander des p\u00e9titions exigeant le rappel &#8211; c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;expulsion de la Convention &#8211; de tous les d\u00e9put\u00e9s qui ont tent\u00e9 de sauver la vie du &#8220;tyran&#8221;. Le 6 avril, le Comit\u00e9 de salut public est install\u00e9 avec des d\u00e9put\u00e9s de la Plaine et des Dantonistes, mais sans Girondins ni Robespierristes[228]. Robespierre, qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, est pessimiste quant aux perspectives d&#8217;action parlementaire et d\u00e9clare aux Jacobins qu&#8217;il est n\u00e9cessaire de lever une arm\u00e9e de Sans-culottes pour d\u00e9fendre Paris et arr\u00eater les d\u00e9put\u00e9s infid\u00e8les, nommant et accusant Brissot, Vergniaud, Guadet et Gensonn\u00e9[229]. [Il n&#8217;y a que deux partis selon Robespierre : le peuple et ses ennemis[230]. Les discours de Robespierre au cours du mois d&#8217;avril 1793 refl\u00e8tent la radicalisation croissante. &#8221; Je demande aux sections de lever une arm\u00e9e assez nombreuse pour former le noyau d&#8217;une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire qui attirera tous les sans-culottes des d\u00e9partements pour exterminer les rebelles&#8230; &#8220;[231] &#8221; Forcez le gouvernement \u00e0 armer le peuple, qui en vain a r\u00e9clam\u00e9 des armes pendant deux ans. &#8220;[232] Soup\u00e7onnant une nouvelle trahison, Robespierre invite la convention \u00e0 voter la peine de mort contre quiconque proposerait de n\u00e9gocier avec l&#8217;ennemi[233] Marat est emprisonn\u00e9 appelant au meurtre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ainsi qu&#8217;\u00e0 la suspension de la convention. Le 15 avril, la convention est prise d&#8217;assaut par le peuple des sections, r\u00e9clamant la destitution des Girondins. Jusqu&#8217;au 17 avril, le congr\u00e8s discute de la D\u00e9claration des droits de l&#8217;homme et du citoyen de 1793, un document politique fran\u00e7ais qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la premi\u00e8re constitution r\u00e9publicaine de ce pays. Le 18 avril, la Commune annonce une insurrection contre la Convention apr\u00e8s l&#8217;arrestation de Marat. Le 19 avril, Robespierre s&#8217;oppose \u00e0 l&#8217;article 7 sur l&#8217;\u00e9galit\u00e9 devant la loi ; le 22 avril, la convention discute de l&#8217;article 29 sur le droit de r\u00e9sistance [234]. Le 24 avril 1793, Robespierre pr\u00e9sente sa version avec quatre articles sur le droit de propri\u00e9t\u00e9. Robespierre remet en effet en cause le droit individuel de propri\u00e9t\u00e9[235] ; il pr\u00f4ne un imp\u00f4t progressif et la fraternit\u00e9 entre les peuples de toutes les nations[236] ; le 27 avril, la convention d\u00e9cr\u00e8te (sur proposition de Danton) l&#8217;envoi de 20 000 forces suppl\u00e9mentaires dans les d\u00e9partements en r\u00e9volte[237] ; P\u00e9tion appelle \u00e0 l&#8217;aide les partisans de l&#8217;ordre public[238].<\/p>\n<p>Le 1er mai, selon le d\u00e9put\u00e9 girondin Dulaure 8 000 hommes arm\u00e9s pr\u00eats \u00e0 se rendre en Vend\u00e9e encerclent la convention et menacent de ne pas partir si les mesures d&#8217;urgence (salaire d\u00e9cent et plafonnement des prix des denr\u00e9es alimentaires) demand\u00e9es ne sont pas adopt\u00e9es[239][240] Le 4 mai, la convention accepte de soutenir les familles des soldats et marins qui ont quitt\u00e9 leur domicile pour combattre l&#8217;ennemi. Robespierre poursuit sa strat\u00e9gie de guerre de classe[241] Les 8 et 12 mai, au club des Jacobins, Robespierre r\u00e9affirme la n\u00e9cessit\u00e9 de fonder une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire financ\u00e9e par un imp\u00f4t sur les riches et destin\u00e9e \u00e0 vaincre les aristocrates et les contre-r\u00e9volutionnaires au sein de la Convention et dans toute la France. Il a d\u00e9clar\u00e9 que les places publiques devraient \u00eatre utilis\u00e9es pour produire des armes et des piques.[242] A la mi-mai, Marat et la Commune l&#8217;ont soutenu publiquement et secr\u00e8tement.[243] Apr\u00e8s avoir entendu ces d\u00e9clarations, les Girondins se sont inqui\u00e9t\u00e9s. Le 18 mai, Guadet demande la fermeture de toutes les institutions politiques de Paris, l&#8217;examen des &#8221; exactions &#8221; et le remplacement des autorit\u00e9s municipales[244]. 245][246] Quelques jours plus tard, la Convention d\u00e9cide de cr\u00e9er une commission d&#8217;enqu\u00eate de douze membres, \u00e0 tr\u00e8s forte majorit\u00e9 girondine. [Le 24 mai, les Douze proposent de renforcer les patrouilles de la Garde nationale autour de la Convention[248]. Jacques H\u00e9bert, r\u00e9dacteur du P\u00e8re Duchesne, est arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s avoir attaqu\u00e9 ou appel\u00e9 \u00e0 la mort des 22 Girondins. Le lendemain, la Commune exige qu&#8217;H\u00e9bert soit lib\u00e9r\u00e9. Le pr\u00e9sident de la Convention Maximin Isnard, qui en a assez de la tyrannie de la Commune, menace de la destruction totale de Paris.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Hanriot chef de la section des Sans-Culottes (rue Mouffetard) ; dessin de Gabriel au mus\u00e9e Carnavalet.<br \/>\nLe 26 mai, apr\u00e8s une semaine de silence, Robespierre prononce l&#8217;un des discours les plus d\u00e9cisifs de sa carri\u00e8re[249]. Il appelle ouvertement au club des Jacobins &#8220;\u00e0 se mettre en insurrection contre les d\u00e9put\u00e9s corrompus&#8221;[250]. Isnard d\u00e9clare que la Convention ne se laissera influencer par aucune violence et que Paris doit respecter les repr\u00e9sentants des autres r\u00e9gions de France[251]. La Convention d\u00e9cide que Robespierre ne sera pas entendu. (Pendant tout le d\u00e9bat, Robespierre s&#8217;est assis \u00e0 la tribune.) L&#8217;atmosph\u00e8re devient extr\u00eamement agit\u00e9e. Certains d\u00e9put\u00e9s \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 tuer si Isnard osait d\u00e9clarer la guerre civile \u00e0 Paris ; on demanda au pr\u00e9sident de c\u00e9der son si\u00e8ge. Le 28 mai, un Robespierre affaibli s&#8217;excuse \u00e0 deux reprises pour son \u00e9tat physique, mais attaque en particulier Brissot pour son royalisme. Il fait r\u00e9f\u00e9rence au 25 juillet 1792 o\u00f9 leurs points de vue se sont s\u00e9par\u00e9s[252][253] Robespierre quitte la Convention apr\u00e8s des applaudissements du c\u00f4t\u00e9 gauche et se rend manifestement \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville[254] Il y appelle \u00e0 une insurrection arm\u00e9e contre la majorit\u00e9 de la Convention. &#8221; Si la Commune ne s&#8217;unit pas \u00e9troitement au peuple, elle viole son devoir le plus sacr\u00e9 &#8220;, dit-il[255]. Dans l&#8217;apr\u00e8s-midi, la Commune demande la cr\u00e9ation d&#8217;une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire de sansculottes dans toutes les villes de France, dont 20 000 hommes pour d\u00e9fendre Paris[256].[250] Le 29 mai, la Commune d\u00e9cide de cr\u00e9er une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire de 20 000 hommes pour prot\u00e9ger et d\u00e9fendre Paris. [Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s repr\u00e9sentant 33 des sections de Paris forment un comit\u00e9 insurrectionnel[258] Robbepierre avoue avoir failli abandonner sa carri\u00e8re \u00e0 cause de ses angoisses depuis qu&#8217;il est d\u00e9put\u00e9[259] Le 30 mai, Saint-Just est ajout\u00e9 au Comit\u00e9 de salut public ; Couthon en devient le secr\u00e9taire. Le lendemain, le tocsin de Notre-Dame est sonn\u00e9 et les portes de la ville sont ferm\u00e9es ; l&#8217;Insurrection du 31 mai au 2 juin commence. Hanriot, &#8220;commandant g\u00e9n\u00e9ral&#8221; de la Garde nationale parisienne depuis la veille au soir, re\u00e7oit l&#8217;ordre de tirer un canon sur le Pont-Neuf en signe d&#8217;alarme. Vergniaud propose de l&#8217;arr\u00eater. Robespierre demande l&#8217;arrestation des Girondins, qui ont soutenu l&#8217;installation de la Commission des Douze[260]. Vers dix heures du matin, 12 000 citoyens arm\u00e9s apparaissent pour prot\u00e9ger la Convention contre l&#8217;arrestation des d\u00e9put\u00e9s girondins. Le samedi 1er juin, la Commune se r\u00e9unit presque toute la journ\u00e9e. Le &#8221; Comit\u00e9 insurrectionnel &#8221; ordonne l&#8217;arrestation de Roland et d&#8217;\u00c9tienne Clavi\u00e8re. Il ordonne \u00e0 Hanriot d&#8217;encercler la Convention &#8221; avec une force arm\u00e9e respectable &#8220;[261]. 40 000 hommes entourent le soir le b\u00e2timent pour forcer l&#8217;arrestation. Marat m\u00e8ne l&#8217;attaque contre les repr\u00e9sentants qui, en janvier, avaient vot\u00e9 contre l&#8217;ex\u00e9cution du roi et depuis lors paralys\u00e9 la Convention[262][263]. Le Comit\u00e9 de salut public reporte de trois jours les d\u00e9cisions concernant les d\u00e9put\u00e9s accus\u00e9s ; Marat exige une d\u00e9cision dans la journ\u00e9e[264].<\/p>\n<p>Insatisfaite du r\u00e9sultat, la commune exigea et pr\u00e9para un &#8221; Suppl\u00e9ment &#8221; \u00e0 la r\u00e9volution. Hanriot re\u00e7oit l&#8217;ordre de faire marcher sa garde nationale de l&#8217;h\u00f4tel de ville au Palais national[265]. En d\u00e9but de soir\u00e9e, le 2 juin, une importante force arm\u00e9e de citoyens, que certains estiment \u00e0 80 000 ou 100 000, mais Danton ne parle que de 30 000[266], encercle la Convention avec l&#8217;artillerie. &#8221; La force arm\u00e9e &#8220;, dit Hanriot, &#8221; ne se retirera que lorsque la Convention aura livr\u00e9 au peuple les d\u00e9put\u00e9s d\u00e9nonc\u00e9s par la Commune &#8220;[267] Les Girondins se croient prot\u00e9g\u00e9s par la loi, mais le peuple des tribunes r\u00e9clame leur arrestation. Les Girondins accus\u00e9s tent\u00e8rent de sortir, firent le tour du palais en un cort\u00e8ge th\u00e9\u00e2tral et confront\u00e9s de tous c\u00f4t\u00e9s par des ba\u00efonnettes et des piques, revinrent dans la salle de r\u00e9union et se soumirent \u00e0 l&#8217;in\u00e9vitable. Vingt-deux Girondins furent saisis un par un apr\u00e8s quelques jongleries avec les noms[268]. On d\u00e9cida finalement que 31 d\u00e9put\u00e9s ne devaient pas \u00eatre emprisonn\u00e9s[m], mais seulement assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence[269].<\/p>\n<p>Les Montagnards avaient maintenant le contr\u00f4le incontest\u00e9 de la convention ; selon Couthon, les citoyens de Paris avaient sauv\u00e9 le pays[270]. Les Girondins, se rendant en province, se joignirent \u00e0 la contre-r\u00e9volution[271]. En deux semaines et pendant trois mois, pr\u00e8s de cinquante d\u00e9partements furent en r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>Pendant l&#8217;insurrection du 31 mai au 2 juin 1793, Robespierre avait griffonn\u00e9 une note dans son carnet de notes :<\/p>\n<p>Il faut une volont\u00e9 une. Elle doit \u00eatre r\u00e9publicaine ou royaliste. Si elle est r\u00e9publicaine, il faut des ministres r\u00e9publicains, des journaux r\u00e9publicains, des d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains, un gouvernement r\u00e9publicain. Les dangers int\u00e9rieurs viennent des classes moyennes ; pour vaincre les classes moyennes, il faut rallier le peuple. &#8230; Le peuple doit s&#8217;allier \u00e0 la Convention, et la Convention doit se servir du peuple[272][273].<\/p>\n<p>Le 3 juin fran\u00e7ais, la Convention d\u00e9cide de morceler les terres appartenant aux \u00e9migr\u00e9s et de les vendre \u00e0 des fermiers. Le 12 juin, Robespierre veut d\u00e9missionner faute de force[274]. Le 13 juillet, Robespierre d\u00e9fend le projet de Le Peletier d&#8217;enseigner les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires dans les \u00e9coles[275]. Le lendemain, la Convention s&#8217;empresse de faire l&#8217;\u00e9loge de Marat &#8211; assassin\u00e9 dans sa baignoire &#8211; pour sa ferveur et son z\u00e8le r\u00e9volutionnaire. Oppos\u00e9 \u00e0 Pierre-Louis Bentabole, Robespierre se contente de demander une enqu\u00eate sur les circonstances de sa mort [citation n\u00e9cessaire] Le 17 ou le 22 juillet, les \u00c9migr\u00e9s sont expropri\u00e9s par d\u00e9cret ; les preuves de propri\u00e9t\u00e9 doivent \u00eatre rassembl\u00e9es et br\u00fbl\u00e9es.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne de la Terreur<br \/>\nArticle principal : R\u00e8gne de la Terreur<\/p>\n<p>Le Pavillon de Flore, si\u00e8ge du Comit\u00e9 de salut public et du Bureau de la police g\u00e9n\u00e9rale. Joachim Vilate y habitait \u00e9galement dans un appartement. Dessin \u00e0 l&#8217;encre brune (1814)<\/p>\n<p>Paysans et roturiers (royalistes insurg\u00e9s ou chouans) de Vend\u00e9e, du Maine, du sud de la Normandie ou de l&#8217;est de la Bretagne d\u00e9fendant une \u00e9glise catholique. Artiste inconnu<br \/>\nLe gouvernement fran\u00e7ais est confront\u00e9 \u00e0 de s\u00e9rieux d\u00e9fis internes, lorsque les villes de province se rebellent contre les r\u00e9volutionnaires plus radicaux de Paris. La Corse d\u00e9clare officiellement sa s\u00e9cession de la France et demande la protection du gouvernement britannique ; Pasquale Paoli oblige les Bonaparte \u00e0 s&#8217;installer sur le continent. En juillet, la France menace de plonger dans la guerre civile, attaqu\u00e9e par l&#8217;aristocratie en Vend\u00e9e et en Bretagne, par les r\u00e9voltes f\u00e9d\u00e9ralistes \u00e0 Lyon, dans le Midi et en Normandie, en lutte avec toute l&#8217;Europe et les factions \u00e9trang\u00e8res[276].<\/p>\n<p>Le 27 juillet 1793, Robespierre est nomm\u00e9 au Comit\u00e9 de salut public et remplace Gasparin qui sera envoy\u00e9 \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e des Alpes et \u00e0 Marseille. C&#8217;est la deuxi\u00e8me fois qu&#8217;il occupe une fonction ex\u00e9cutive pour coordonner l&#8217;effort de guerre. On peut penser que Robespierre s&#8217;est comport\u00e9 comme une sorte de ministre sans portefeuille[277], apparemment comme le premier ministre officieux, mais le comit\u00e9 \u00e9tait non hi\u00e9rarchique[278].<\/p>\n<p>Le 4 ao\u00fbt, la Constitution fran\u00e7aise de 1793, qui incluait le suffrage universel, fut adopt\u00e9e par la Convention. L&#8217;article 109 stipulait : Tous les Fran\u00e7ais sont soldats ; tous seront exerc\u00e9s au maniement des armes[279]. D\u00e8s son acceptation, elle fut vid\u00e9e de son sens, d&#8217;abord par la Convention elle-m\u00eame, qui avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e de se dissoudre \u00e0 l&#8217;ach\u00e8vement du document, puis par la construction des institutions de travail de la Terreur[280][n]. Le 21 ao\u00fbt, Robespierre fut \u00e9lu pr\u00e9sident de la Convention[284]. Le 23 ao\u00fbt, Lazare Carnot fut nomm\u00e9 au Comit\u00e9 ; le gouvernement provisoire instaura la Lev\u00e9e en masse contre les ennemis de la R\u00e9publique. Robespierre tenait particuli\u00e8rement \u00e0 ce que les fonctionnaires soient vertueux[285] Il avait envoy\u00e9 son fr\u00e8re Augustin (et sa s\u0153ur Charlotte) \u00e0 Marseille et \u00e0 Nice pour r\u00e9primer l&#8217;insurrection f\u00e9d\u00e9raliste[286] Fin ao\u00fbt, Toulon hissa le drapeau royal et livra le port \u00e0 la marine britannique. Tant l&#8217;importance strat\u00e9gique de la base navale que le prestige de la R\u00e9volution exigeaient que les Fran\u00e7ais reprennent Toulon[287].<\/p>\n<p>Le 4 septembre, les Sans-culottes envahissent \u00e0 nouveau le congr\u00e8s. Ils r\u00e9clament des mesures plus s\u00e9v\u00e8res contre la hausse des prix et la mise en place d&#8217;un syst\u00e8me de terreur pour \u00e9radiquer la contre-r\u00e9volution[288], alors que la quantit\u00e9 d&#8217;assignats en circulation a doubl\u00e9 au cours des mois pr\u00e9c\u00e9dents. Le 5 septembre, la Convention se prononce sur une proposition de Chaumette, soutenue par Billaud et Danton, visant \u00e0 former une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire de 6 000 hommes \u00e0 Paris pour balayer les conspirateurs, ex\u00e9cuter les lois r\u00e9volutionnaires et prot\u00e9ger les subsistances. [Le lendemain, les ultras Collot d&#8217;Herbois et Billaud-Varenne sont \u00e9lus au Comit\u00e9 de salut public[292]. Le Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, charg\u00e9 d&#8217;\u00e9radiquer les crimes et de pr\u00e9venir la contre-r\u00e9volution, commence \u00e0 g\u00e9rer la Gendarmerie nationale et les finances du pays. Le 8 septembre, les banques et les bureaux de change sont ferm\u00e9s pour emp\u00eacher l&#8217;\u00e9change de faux assignats et l&#8217;exportation de capitaux[293]. Augustin Robespierre et Antoine Christophe Saliceti d\u00e9signent le jeune Napol\u00e9on comme commandant provisoire de l&#8217;artillerie des forces r\u00e9publicaines \u00e0 Toulon et qui met en place une batterie dite des &#8220;sans-culottes&#8221;. Le 11 septembre, le pouvoir du Comit\u00e9 de salut public est prolong\u00e9 d&#8217;un mois. Jacques Thuriot, ferme partisan de Danton, d\u00e9missionne le 20 septembre en raison de divergences irr\u00e9conciliables avec Robespierre et devient l&#8217;un des opposants les plus audacieux de Maximilien Robespierre[294]. Le Tribunal r\u00e9volutionnaire est r\u00e9organis\u00e9 et divis\u00e9 en quatre sections, dont deux sont toujours actives en m\u00eame temps. Le 29 septembre, le Comit\u00e9 introduit le maximum, notamment dans la r\u00e9gion qui approvisionne Paris[295]. Selon Augustin Cochin (historien), les magasins sont vides en une semaine[296]. Le 1er octobre, la Convention d\u00e9cide d&#8217;exterminer les &#8220;brigands&#8221; de Vend\u00e9e avant la fin du mois.<\/p>\n<p>Le 3 octobre, Robespierre est convaincu que la Convention est divis\u00e9e en deux factions, les amis du peuple et les conspirateurs[297]. Il d\u00e9fend 73 Girondins comme utiles[298], 299 pour servir d&#8217;otages[300], mais plus de 20 sont envoy\u00e9s en proc\u00e8s. Il s&#8217;en prend \u00e0 Danton, qui a refus\u00e9 de si\u00e9ger au Comit\u00e9, et estime qu&#8217;il faut un gouvernement stable qui puisse r\u00e9sister aux ordres du Comit\u00e9 de salut public[301]. Le 8 octobre, la Convention d\u00e9cide d&#8217;arr\u00eater Brissot et les Girondins. Robespierre demanda la dissolution de la Convention ; il pensait qu&#8217;ils seraient admir\u00e9s par la post\u00e9rit\u00e9. Cambon r\u00e9pondit que telle n&#8217;\u00e9tait pas son intention ; des applaudissements suivirent et la s\u00e9ance fut lev\u00e9e[302]. Apr\u00e8s le si\u00e8ge de Lyon, Couthon entra dans la ville, centre d&#8217;une r\u00e9volte. Le 10 octobre, la Convention d\u00e9cr\u00e8te de reconna\u00eetre le Comit\u00e9 de salut public comme le &#8221; gouvernement r\u00e9volutionnaire &#8221; supr\u00eame [303] (qui sera consolid\u00e9 le 4 d\u00e9cembre) [304] Le gouvernement provisoire sera r\u00e9volutionnaire jusqu&#8217;\u00e0 la paix selon Saint-Just. Tous les huit jours, le Comit\u00e9 de salut public devait faire rapport \u00e0 la Convention[305]. Bien que la Constitution ait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s populaire et que sa r\u00e9daction et sa ratification aient renforc\u00e9 le soutien populaire aux Montagnards, le 10 octobre, la Convention l&#8217;a mise de c\u00f4t\u00e9 pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 une paix future[306] et a d\u00e9cid\u00e9 de continuer \u00e0 gouverner sans Constitution[307]. [Le Comit\u00e9 devint un cabinet de guerre dot\u00e9 de pouvoirs sans pr\u00e9c\u00e9dent sur l&#8217;\u00e9conomie comme sur la vie politique de la nation, mais il devait obtenir l&#8217;approbation de la Convention pour toute l\u00e9gislation et pouvait \u00eatre modifi\u00e9 \u00e0 tout moment[308]. Danton qui \u00e9tait dangereusement malade depuis quelques semaines[309], sachant probablement qu&#8217;il ne pourrait pas s&#8217;entendre avec Robespierre[310], abandonna la politique et partit pour Arcis-sur-Aube avec sa femme de 16 ans, qui plaignait la reine depuis le d\u00e9but de son proc\u00e8s[311].<\/p>\n<p>Le 12 octobre, alors qu&#8217;H\u00e9bert accuse Marie-Antoinette d&#8217;inceste avec son fils, Robespierre d\u00eene avec de solides partisans : Bar\u00e8re, Louis de Saint-Just et Joachim Vilate. En discutant de l&#8217;affaire, Robespierre casse son assiette avec sa fourchette et traite H\u00e9bert d'&#8221;imb\u00e9cile&#8221;[312][313][314] Selon Vilate, Robespierre a alors d\u00e9j\u00e0 deux ou trois gardes du corps. L&#8217;un d&#8217;eux \u00e9tait son voisin, l&#8217;imprimeur Nicolas. Le 25 octobre, le gouvernement r\u00e9volutionnaire est accus\u00e9 de ne rien faire[315]. A la fin du mois, plusieurs membres du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale assist\u00e9s d&#8217;arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires sont envoy\u00e9s en province pour r\u00e9primer la r\u00e9sistance active contre les Jacobins. Fouch\u00e9 et Collot d&#8217;Herbois arr\u00eat\u00e8rent la r\u00e9volte de Lyon contre la Convention nationale, Jean-Baptiste Carrier ordonna les noyades \u00e0 Nantes ; Tallien r\u00e9ussit \u00e0 alimenter la guillotine \u00e0 Bordeaux ; Barras et Fr\u00e9ron se rendirent \u00e0 Marseille et \u00e0 Toulon. Saint-Just et Le Bas visitent l&#8217;arm\u00e9e du Rhin pour surveiller les g\u00e9n\u00e9raux et punir les officiers au moindre signe de timidit\u00e9 tra\u00eetresse, ou de manque d&#8217;initiative[316]. Son propri\u00e9taire, Maurice Duplay, devient membre du &#8220;Tribunal R\u00e9volutionnaire&#8221;. Le 31 octobre, Brissot et 21 Girondins sont guillotin\u00e9s en 36 minutes par Charles-Henri Sanson.<\/p>\n<p>Le 8 novembre, le directeur de la manufacture des assignats et Manon Roland sont ex\u00e9cut\u00e9s. Le 14 novembre au matin, Fran\u00e7ois Chabot fait irruption dans la chambre de Robespierre, le tirant du lit, l&#8217;accusant de contre-r\u00e9volution et de complot \u00e9tranger, brandissant cent mille livres en billets d&#8217;assignats, pr\u00e9tendant qu&#8217;une bande de comploteurs royalistes les lui avait donn\u00e9s pour acheter le vote de Fabre d&#8217;\u00c9glantine, avec d&#8217;autres, pour liquider des actions de la Compagnie fran\u00e7aise des Indes orientales. [317] [318] Chabot est arr\u00eat\u00e9 trois jours plus tard ; Courtois exhorte Danton \u00e0 rentrer imm\u00e9diatement \u00e0 Paris. Le 25 novembre, les restes du comte de Mirabeau sont retir\u00e9s du Panth\u00e9on et remplac\u00e9s par ceux de Jean-Paul Marat[319]. C&#8217;est \u00e0 l&#8217;initiative de Robespierre que l&#8217;on apprend que dans ses derniers mois le comte a secr\u00e8tement conspir\u00e9 avec la cour de Louis XVI[320]. Le 3 d\u00e9cembre, Robespierre accuse Danton au club des Jacobins de feindre une maladie dans l&#8217;intention d&#8217;\u00e9migrer en Suisse. Danton montrait trop souvent ses vices et non sa vertu. Robespierre est arr\u00eat\u00e9 dans son attaque. L&#8217;assembl\u00e9e fut close apr\u00e8s des applaudissements en faveur de Danton[321].<\/p>\n<p>Le 4 d\u00e9cembre, par la loi du gouvernement r\u00e9volutionnaire, l&#8217;ind\u00e9pendance des autorit\u00e9s d\u00e9partementales et locales prend fin, lorsque les pouvoirs \u00e9tendus du Comit\u00e9 de salut public sont codifi\u00e9s. Cette loi, pr\u00e9sent\u00e9e par Billaud, appliqu\u00e9e dans les 24 heures, est une d\u00e9cision radicale contre l&#8217;ind\u00e9pendance des d\u00e9put\u00e9s et des commissionnaires en mission ; l&#8217;action coordonn\u00e9e des sections devient ill\u00e9gale[322]. La Commune de Paris et les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires des sections doivent ob\u00e9ir \u00e0 la loi, aux deux comit\u00e9s et \u00e0 la convention[323]. [Le 7 d\u00e9cembre, toutes les arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires de France sont licenci\u00e9es dans les 24 heures (sauf celles autoris\u00e9es par la convention comme \u00e0 Paris)[324]. Le 12 d\u00e9cembre, Robespierre accuse le riche Cloots du club des Jacobins d&#8217;\u00eatre un espion prussien. (Une semaine auparavant, Robespierre avait d\u00e9nonc\u00e9 les d\u00e9christianisateurs comme des ennemis \u00e9trangers). Les Indulgents montent une attaque contre le Comit\u00e9 de salut public qu&#8217;ils accusent d&#8217;\u00eatre des assassins[325].<\/p>\n<p>L&#8217;ennemi int\u00e9rieur<\/p>\n<p>Triumvirat de : (de gauche \u00e0 droite) Saint-Just, Robespierre et Couthon.<\/p>\n<p>Estampe repr\u00e9sentant un fr:Comit\u00e9 de surveillance de la section parisienne de l&#8217;an II, d&#8217;apr\u00e8s Jean-Baptiste Huet. (Biblioth\u00e8que nationale de France, Paris.)<br \/>\nLe 5 d\u00e9cembre, le journaliste Camille Desmoulins lance un nouveau journal, Le Vieux Cordelier. Il prend la d\u00e9fense de Danton et met en garde contre l&#8217;exag\u00e9ration de la r\u00e9volution. Il compare Robespierre \u00e0 Jules C\u00e9sar et soutient que la R\u00e9volution doit revenir aux id\u00e9es originales en vogue vers le 10 ao\u00fbt 1792[326] [327] Dans le quatri\u00e8me num\u00e9ro, Desmoulins prend fait et cause pour les 200 000 civils sans d\u00e9fense et d\u00e9tenus dans les prisons comme suspects[328] Il faut cr\u00e9er un Comit\u00e9 de gr\u00e2ce. Desmoulins s&#8217;adresse directement \u00e0 Robespierre en \u00e9crivant : &#8221; Mon cher Robespierre&#8230; mon vieux camarade d&#8217;\u00e9cole&#8230; Souviens-toi des le\u00e7ons de l&#8217;histoire et de la philosophie : l&#8217;amour est plus fort, plus durable que la peur.&#8221;[329] Sous la pression \u00e9motionnelle intense des Lyonnaises, Robespierre propose la cr\u00e9ation d&#8217;une commission secr\u00e8te charg\u00e9e d&#8217;examiner les cas des rebelles lyonnais, pour voir si des injustices ont \u00e9t\u00e9 commises. C&#8217;est le moment o\u00f9 Robespierre est le plus proche d&#8217;une prise de position publique contre l&#8217;usage de la terreur[330]. Le 17 d\u00e9cembre, Vincent et Ronsin sont arr\u00eat\u00e9s. Le 21 d\u00e9cembre, Collot d&#8217;Herbois d\u00e9clare : &#8220;&#8230;si j&#8217;\u00e9tais arriv\u00e9 deux jours apr\u00e8s, j&#8217;aurais peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 mis moi-m\u00eame en accusation&#8221;[331].<\/p>\n<p>Desmoulins conseille \u00e0 Robespierre de ne pas tenter de b\u00e2tir la R\u00e9publique sur une qualit\u00e9 aussi rare que la vertu. Le lendemain, 25 d\u00e9cembre, provoqu\u00e9 \u00e0 fond par les interpellations insistantes de Desmoulins, Robespierre produit son Rapport sur les principes du gouvernement r\u00e9volutionnaire[327]. Robespierre r\u00e9pond au plaidoyer pour la fin de la Terreur en justifiant la dictature collective de la Convention nationale, la centralisation administrative et l&#8217;\u00e9puration des pouvoirs locaux. Il dit qu&#8217;il doit \u00e9viter deux falaises : l&#8217;indulgence et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Il ne peut pas consulter les auteurs politiques du XVIIIe si\u00e8cle, car ils n&#8217;avaient pas pr\u00e9vu une telle \u00e9volution. Il s&#8217;insurge contre les diverses factions [H\u00e9bertistes et Dantonistes] qui menacent le gouvernement[332][333] Robespierre croit fermement qu&#8217;il faut augmenter l&#8217;intensit\u00e9 de la Terreur, plut\u00f4t que de la diminuer ; &#8221; le Gouvernement doit se d\u00e9fendre &#8221; [contre les conspirateurs] et &#8221; aux ennemis du peuple il ne doit que la mort &#8220;[334][335]. &#8220;Selon R.R. Palmer et Donald C. Hodges, il s&#8217;agit de la premi\u00e8re d\u00e9claration importante \u00e0 l&#8217;\u00e9poque moderne d&#8217;une philosophie de la dictature[337][338].<\/p>\n<p>Dans son Rapport sur les principes de la morale politique du 5 f\u00e9vrier 1794, Robespierre fait l&#8217;\u00e9loge du gouvernement r\u00e9volutionnaire et soutient que la terreur et la vertu sont n\u00e9cessaires :<\/p>\n<p>Si la vertu est le ressort d&#8217;un gouvernement populaire en temps de paix, le ressort de ce gouvernement pendant une r\u00e9volution est la vertu jointe \u00e0 la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est destructive ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n&#8217;est que la justice prompte, s\u00e9v\u00e8re et inflexible ; elle est alors une \u00e9manation de la vertu ; elle est moins un principe distinct qu&#8217;une cons\u00e9quence naturelle du principe g\u00e9n\u00e9ral de la d\u00e9mocratie, appliqu\u00e9 aux besoins les plus pressants du pays&#8230;. Le gouvernement dans une r\u00e9volution est le despotisme de la libert\u00e9 contre la tyrannie[339].<\/p>\n<p>Aulard r\u00e9sume le courant de pens\u00e9e jacobin : &#8221; Toute politique, selon Robespierre, doit tendre \u00e0 \u00e9tablir le r\u00e8gne de la vertu et \u00e0 confondre le vice. Il raisonne ainsi : ceux qui sont vertueux ont raison ; l&#8217;erreur est une corruption du c\u0153ur ; l&#8217;erreur ne peut \u00eatre sinc\u00e8re ; l&#8217;erreur est toujours d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e &#8220;[340][341] Du 13 f\u00e9vrier au 13 mars 1794, Robespierre s&#8217;\u00e9tait retir\u00e9 des affaires actives du Comit\u00e9 pour cause de maladie[342] Le 19 f\u00e9vrier, Maximilien d\u00e9cide donc de retourner chez les Duplay[343] Saint-Just est \u00e9lu pr\u00e9sident de la Convention pour les deux semaines suivantes. D\u00e9but mars, dans un discours au club des Cordeliers, H\u00e9bert attaque Robespierre sur la violation des droits de l&#8217;homme et Danton sur sa trop grande mollesse. H\u00e9bert, la voix des Sans-culottes, utilise le dernier num\u00e9ro du P\u00e8re Duchesne pour critiquer Robespierre. (Il y avait des files d&#8217;attente et des quasi-\u00e9meutes dans les magasins et sur les march\u00e9s ; il y avait des gr\u00e8ves et des manifestations publiques mena\u00e7antes). Certains H\u00e9bertistes et leurs amis appellent \u00e0 une nouvelle insurrection[344]. Dans la nuit du 13 au 14 mars, H\u00e9bert et 18 de ses partisans sont arr\u00eat\u00e9s sous l&#8217;accusation de complicit\u00e9 avec des puissances \u00e9trang\u00e8res. Le 15 mars, Robespierre r\u00e9appara\u00eet \u00e0 la convention[p]. Par la suite, il se joint \u00e0 Saint-Just dans ses attaques contre H\u00e9bert[25]. Ils sont guillotin\u00e9s le 24 mars et leur mort est une sorte de carnaval, un spectacle agr\u00e9able selon les t\u00e9moins de Michelet. Les chefs des &#8220;arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires&#8221; sont d\u00e9nonc\u00e9s par le Tribunal r\u00e9volutionnaire comme complices d&#8217;H\u00e9bert[346] [347] [q].<\/p>\n<p>Le 25 mars, Condorcet est arr\u00eat\u00e9 car il est consid\u00e9r\u00e9 comme un ennemi de la R\u00e9volution ; il se suicide deux jours plus tard. Le 29 mars, Danton rencontre \u00e0 nouveau Robespierre en priv\u00e9 ; ensuite, la s\u0153ur de Marat l&#8217;exhorte \u00e0 prendre l&#8217;offensive[352]. Le 30 mars, les deux comit\u00e9s d\u00e9cident d&#8217;arr\u00eater Danton et Desmoulins apr\u00e8s que Saint-Just se soit mis dans une col\u00e8re inhabituelle[353]. Le 31 mars, Saint-Just attaque publiquement les deux. A la Convention, des critiques sont \u00e9mises contre les arrestations, que Robespierre fait taire en disant : &#8221; &#8230;celui qui tremble en ce moment est coupable &#8220;[354] Legendre propose d&#8217;entendre Danton \u00e0 la Convention, mais Robespierre r\u00e9pond : &#8221; Ce serait violer les lois de l&#8217;impartialit\u00e9 que d&#8217;accorder \u00e0 Danton ce qu&#8217;on a refus\u00e9 \u00e0 d&#8217;autres, qui ont un droit \u00e9gal de faire la m\u00eame demande &#8220;. Cette r\u00e9ponse fit taire sur-le-champ toutes les sollicitations en sa faveur&#8221;[355] Du 21 mars au 5 avril, Tallien fut pr\u00e9sident de la Convention[356], mais il ne put emp\u00eacher le triomphe final de Robespierre. Aucun ami des dantonistes n&#8217;osait parler de peur d&#8217;\u00eatre lui aussi accus\u00e9 de faire passer l&#8217;amiti\u00e9 avant la vertu[357].<\/p>\n<p>Le 2 avril s&#8217;ouvre le proc\u00e8s pour conspiration avec le duc d&#8217;Orl\u00e9ans et Dumouriez. La corruption et un scandale financier impliquant la Compagnie fran\u00e7aise des Indes orientales fournissent un &#8221; pr\u00e9texte commode &#8221; pour la chute de Danton[358][359] Les dantonistes ne servent pas le peuple. Ils \u00e9taient devenus de faux patriotes, qui avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les int\u00e9r\u00eats personnels et \u00e9trangers au bien-\u00eatre de la nation. &#8221; Danton avait \u00e9t\u00e9 un tra\u00eetre d\u00e8s le d\u00e9but de la R\u00e9volution et la loi d&#8217;exception vot\u00e9e pour \u00e9touffer sa voix retentissante en font un des moments les plus noirs de toute l&#8217;histoire de la R\u00e9volution &#8220;[360][361] Les accus\u00e9s, dont neuf \u00e9taient des d\u00e9put\u00e9s de la convention, furent retir\u00e9s de la salle avant le prononc\u00e9 du verdict. Fouquier-Tinville demande au tribunal de condamner \u00e0 la guillotine les accus\u00e9s qui ont &#8221; troubl\u00e9 l&#8217;audience &#8221; et insult\u00e9 la &#8221; Justice nationale &#8220;. Desmoulins accepte difficilement son sort et accuse Robespierre, le Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et le Tribunal r\u00e9volutionnaire. Il est tra\u00een\u00e9 de force sur l&#8217;\u00e9chafaud. Le dernier jour de leur proc\u00e8s, Lucile Desmoulins est emprisonn\u00e9e. Elle est accus\u00e9e d&#8217;avoir organis\u00e9 une r\u00e9volte contre les patriotes et le tribunal pour lib\u00e9rer son mari et Danton. Elle avoue avoir pr\u00e9venu les prisonniers de la tournure des \u00e9v\u00e9nements comme en septembre 1792, et qu&#8217;il \u00e9tait de son devoir de se r\u00e9volter contre elle. Fait remarquable, Robespierre n&#8217;est pas seulement leur ami le plus \u00e2g\u00e9, il est aussi le t\u00e9moin de leur mariage en d\u00e9cembre 1790, avec P\u00e9tion et Brissot[362][363].<\/p>\n<p>Caricature montrant Robespierre guillotinant le bourreau apr\u00e8s avoir guillotin\u00e9 tout le monde en France.<br \/>\nLe 1er avril, Lazare Carnot propose de supprimer le conseil ex\u00e9cutif provisoire de six ministres et de remplacer les minist\u00e8res par douze Comit\u00e9s d\u00e9pendant du Comit\u00e9 de salut public[236]. Cette proposition est adopt\u00e9e \u00e0 l&#8217;unanimit\u00e9 par la Convention nationale et mise en place par l&#8217;Herman martial le 8 avril. Carnot devenant plus puissant se disputa avec Robespierre et St Just[364]. Lorsque Barras et Fr\u00e9ron rendirent visite \u00e0 Robespierre, ils furent re\u00e7us de mani\u00e8re extr\u00eamement inamicale. (Robespierre \u00e9tait d\u00e9pourvu des lunettes qu&#8217;il portait habituellement en public.) A la demande de Robespierre, la Convention ordonne le transfert des cendres de Jean-Jacques Rousseau au Panth\u00e9on. Le 16 avril, il est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de centraliser l&#8217;instruction des dossiers judiciaires et d&#8217;amener tous les suspects politiques de France au Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris ; les deux comit\u00e9s re\u00e7oivent le pouvoir de les interroger imm\u00e9diatement. Le 17 avril, les \u00e9trangers n&#8217;ont plus le droit de circuler en France ni de fr\u00e9quenter un club jacobin ; les patriotes hollandais qui s&#8217;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s en France avant 1790 en sont exclus[365]. Le 22 avril, Malesherbes, avocat qui avait d\u00e9fendu le roi et les d\u00e9put\u00e9s Isaac Ren\u00e9 Guy le Chapelier et Jacques Guillaume Thouret, quatre fois \u00e9lu pr\u00e9sident de la Constituante sont conduits \u00e0 l&#8217;\u00e9chafaud. Le 23 avril, le triumvirat met en place un Bureau de la police g\u00e9n\u00e9rale, ind\u00e9pendant du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, charg\u00e9 de recueillir des renseignements et relevant le plus souvent directement de Robespierre[366] [367], qui en prend la direction et en \u00e9largit les attributions en une semaine, lorsque Saint-Just quitte Paris pour l&#8217;arm\u00e9e du Nord[368].<\/p>\n<p>Le 5 juin, Fran\u00e7ois Hanriot ordonne la d\u00e9tention de tous les boulangers de Paris qui vendent leur pain \u00e0 des personnes sans carte (de distribution) ou d&#8217;une autre section[369]. Le 10 juin, Georges Couthon pr\u00e9sente la loi drastique du 22 prairial. Le Tribunal devient une simple cour de condamnation refusant aux suspects le droit \u00e0 un avocat et n&#8217;autorisant qu&#8217;un seul des deux verdicts &#8211; l&#8217;acquittement total ou la mort et cela bas\u00e9 non pas sur des preuves mais sur la conviction morale des jur\u00e9s[370][371] La salle d&#8217;audience est r\u00e9nov\u00e9e pour permettre \u00e0 soixante personnes d&#8217;\u00eatre condamn\u00e9es simultan\u00e9ment. La guillotine est d\u00e9plac\u00e9e au Faubourg Saint-Antoine afin de se faire moins remarquer. Le nombre de condamnations \u00e0 mort double[372] En trois jours, 156 personnes sont envoy\u00e9es par lots \u00e0 la guillotine ; tous les d\u00e9put\u00e9s de Toulouse sont ex\u00e9cut\u00e9s[373][374] La commune doit r\u00e9soudre de graves probl\u00e8mes sur les cimeti\u00e8res \u00e0 cause de l&#8217;odeur. Mi-juillet, deux nouvelles fosses communes sont creus\u00e9es au cimeti\u00e8re de Picpus dans le sol imperm\u00e9able[375][376].<\/p>\n<p>L&#8217;abolition de l&#8217;esclavage<br \/>\nTout au long de la R\u00e9volution, Robespierre s&#8217;oppose (tant\u00f4t de mani\u00e8re ambivalente, tant\u00f4t de mani\u00e8re franche) \u00e0 l&#8217;esclavage sur le sol fran\u00e7ais ou dans les territoires fran\u00e7ais et il joue un r\u00f4le important dans son abolition[377] [378] [379].<\/p>\n<p>Le 15 mai 1791, l&#8217;Assembl\u00e9e constituante accorde la citoyennet\u00e9 \u00e0 &#8221; toutes les personnes de couleur n\u00e9es de parents libres &#8220;[380], mais les Blancs coloniaux refusent d&#8217;appliquer le d\u00e9cret[381]. Robespierre argumente passionn\u00e9ment \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e contre le Comit\u00e9 colonial, domin\u00e9 par les propri\u00e9taires de plantations et d&#8217;esclaves dans les Cara\u00efbes. Le lobby colonial d\u00e9clarait que les droits politiques des Noirs feraient perdre \u00e0 la France ses colonies. Robespierre r\u00e9pond : &#8221; Nous ne devons pas compromettre les int\u00e9r\u00eats les plus chers \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9, les droits sacr\u00e9s d&#8217;un grand nombre de nos concitoyens &#8220;, puis il s&#8217;\u00e9crie : &#8221; Mort aux colonies ! &#8220;[382] Robespierre est furieux que l&#8217;Assembl\u00e9e ait donn\u00e9 &#8221; une sanction constitutionnelle \u00e0 l&#8217;esclavage dans les colonies &#8220;, et il plaide pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits politiques quelle que soit la couleur de la peau. [Robespierre ne plaide pas pour l&#8217;abolition imm\u00e9diate de l&#8217;esclavage, mais les partisans de l&#8217;esclavage en France consid\u00e8rent Robespierre comme un &#8220;novateur sanguinaire&#8221; et un tra\u00eetre complotant pour donner les colonies fran\u00e7aises \u00e0 l&#8217;Angleterre[382] Quelques mois plus tard, un groupe croissant d&#8217;esclaves de Saint-Domingue m\u00e8ne une r\u00e9volution ha\u00eftienne contre l&#8217;esclavage et la domination coloniale[384].<\/p>\n<p>Robespierre d\u00e9nonce la traite des esclaves dans un discours devant la Convention en avril 1793 \u00e0 propos de la D\u00e9claration des droits de l&#8217;homme et du citoyen de 1793. Le 4 juin 1793, une d\u00e9l\u00e9gation de sans-culottes et d&#8217;hommes de couleur, conduite par Chaumette, pr\u00e9sente \u00e0 la Convention une p\u00e9tition demandant la libert\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale des Noirs dans les colonies. Le 6 juillet, Marat est \u00e9lu au bureau de la Convention coloniale.[385] La constitution radicale de 1793 soutenue par Robespierre et les Montagnards, qui est ratifi\u00e9e par un r\u00e9f\u00e9rendum national, accorde le suffrage universel aux hommes fran\u00e7ais et condamne explicitement l&#8217;esclavage. Cependant, la Constitution fran\u00e7aise de 1793 n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e. \u00c0 partir du mois d&#8217;ao\u00fbt, les anciens esclaves de Saint-Domingue b\u00e9n\u00e9ficieront de &#8220;tous les droits des citoyens fran\u00e7ais&#8221;. Le 17 novembre 1793, Robespierre insulte les personnes qui nient l&#8217;existence de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, les traitant d&#8217;imb\u00e9ciles, les d\u00e9put\u00e9s de la Gironde de pygm\u00e9es[386], et critique l&#8217;ancien gouverneur de Saint-Domingue Sonthonax et \u00c9tienne Polverel, qui ont lib\u00e9r\u00e9 des esclaves sur Ha\u00efti, mais proposent ensuite de les armer[387]. [Robespierre d\u00e9nonce le ministre fran\u00e7ais aux \u00c9tats-Unis nouvellement form\u00e9s, Edmond-Charles Gen\u00eat, qui s&#8217;est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Sonthonax, et informe le Comit\u00e9 de ne pas compter sur les Blancs pour g\u00e9rer la colonie[388].<\/p>\n<p>En 1794, les d\u00e9bats fran\u00e7ais concernant l&#8217;esclavage atteignent leur apog\u00e9e. Les discussions portaient sur la question de savoir si les colonies devaient imposer les m\u00eames lois qu&#8217;en France. Fin janvier, une petite d\u00e9l\u00e9gation m\u00e9tiss\u00e9e, repr\u00e9sentant les esclavagistes, leurs opposants, ainsi qu&#8217;un ancien esclave, arrive en France[385]. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement emprisonn\u00e9, le membre oppos\u00e9 \u00e0 l&#8217;esclavage est lib\u00e9r\u00e9 sur ordre du Comit\u00e9 de salut public. La Convention nationale adopte alors un d\u00e9cret interdisant l&#8217;esclavage le 4 f\u00e9vrier et examine le comportement de Sonthonax et de Polverel[389][390] Le lendemain du d\u00e9cret d&#8217;\u00e9mancipation, Robespierre prononce un discours \u00e0 la Convention dans lequel il affirme que la terreur et la vertu sont n\u00e9cessaires. Il fait l&#8217;\u00e9loge des Fran\u00e7ais comme \u00e9tant les premiers \u00e0 &#8221; appeler tous les hommes \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et \u00e0 la libert\u00e9, et \u00e0 leurs pleins droits de citoyens &#8220;, utilisant le mot esclavage \u00e0 deux reprises mais sans mentionner sp\u00e9cifiquement les colonies fran\u00e7aises[391]. Malgr\u00e9 les p\u00e9titions de la d\u00e9l\u00e9gation esclavagiste, la Convention d\u00e9cide d&#8217;approuver le d\u00e9cret dans son int\u00e9gralit\u00e9. Cependant, le d\u00e9cret ne fut mis en \u0153uvre et appliqu\u00e9 qu&#8217;\u00e0 Saint-Domingue, en Guadeloupe et en Guyane fran\u00e7aise [citation n\u00e9cessaire].<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, dans un discours devant le Comit\u00e9 de salut public, Robespierre \u00e9tablit un lien entre la cruaut\u00e9 de l&#8217;esclavage et le servage :<\/p>\n<p>Demandez \u00e0 un marchand de chair humaine ce qu&#8217;est la propri\u00e9t\u00e9 ; il vous r\u00e9pondra en vous montrant ce long cercueil qu&#8217;il appelle un navire&#8230; Demandez \u00e0 un gentilhomme [le m\u00eame] qui a des terres et des vassaux&#8230; et il vous donnera des id\u00e9es presque identiques.<\/p>\n<p>&#8211; Robespierre, &#8220;Les principes de la propri\u00e9t\u00e9&#8221;, 24 avril 1794 [392] [4].<br \/>\nIl assiste \u00e0 une r\u00e9union du club des Jacobins en juin 1794 pour soutenir un d\u00e9cret mettant fin \u00e0 l&#8217;esclavage, puis signe des ordonnances pour le ratifier[392].Ce d\u00e9cret entra\u00eene un regain de popularit\u00e9 pour la R\u00e9publique aupr\u00e8s des Noirs de St-Domingue, dont la plupart s&#8217;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 affranchis et cherchaient des alliances militaires pour garantir leur libert\u00e9[383].<\/p>\n<p>Culte de l&#8217;\u00catre supr\u00eame<br \/>\nArticle principal : Culte de l&#8217;\u00catre supr\u00eame<\/p>\n<p>Sc\u00e8ne du Festival de l&#8217;\u00catre supr\u00eame construite par Maurice Duplay[393].<\/p>\n<p>La F\u00eate de l&#8217;\u00catre supr\u00eame, par Pierre-Antoine Demachy (1794)<br \/>\nLe d\u00e9sir de changement r\u00e9volutionnaire de Robespierre ne se limite pas seulement au domaine politique. Il s&#8217;oppose \u00e9galement \u00e0 l&#8217;\u00c9glise catholique et au pape, en particulier \u00e0 leur politique de c\u00e9libat cl\u00e9rical[394]. Apr\u00e8s avoir d\u00e9nonc\u00e9 le culte de la raison et d&#8217;autres exc\u00e8s per\u00e7us de d\u00e9christianisation entrepris par les opposants politiques en France, il cherche \u00e0 instiller une r\u00e9surgence spirituelle \u00e0 travers la nation, fond\u00e9e sur des croyances d\u00e9istes. Le 6 mai 1794, Robespierre annonce \u00e0 la Convention qu&#8217;au nom du peuple fran\u00e7ais, le Comit\u00e9 de salut public a d\u00e9cid\u00e9 de reconna\u00eetre l&#8217;existence de Dieu et l&#8217;immortalit\u00e9 de l&#8217;\u00e2me humaine. En cons\u00e9quence, le 7 mai, Robespierre fait devant la Convention un long expos\u00e9 &#8221; sur les rapports des id\u00e9es religieuses et morales avec les principes r\u00e9publicains, et sur les f\u00eates nationales &#8220;[236]. Robespierre soutient un d\u00e9cret que la Convention adopte pour \u00e9tablir une religion d&#8217;\u00c9tat officielle appel\u00e9e le Culte de l&#8217;\u00catre supr\u00eame. La notion d&#8217;\u00catre supr\u00eame \u00e9tait bas\u00e9e sur le credo de l&#8217;aum\u00f4nier de Savoie que Jean-Jacques Rousseau avait expos\u00e9 dans le livre IV de l&#8217;\u00c9mile.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;apr\u00e8s-midi du 8 juin (qui est aussi la f\u00eate chr\u00e9tienne de la Pentec\u00f4te), une &#8220;F\u00eate de l&#8217;\u00catre supr\u00eame&#8221; est organis\u00e9e. Tout a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 selon les sp\u00e9cifications exactes qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies au pr\u00e9alable avant la c\u00e9r\u00e9monie. La sinistre et symbolique guillotine avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e \u00e0 l&#8217;emplacement original de la Bastille. Les femmes enceintes et les m\u00e8res allaitantes avec leur b\u00e9b\u00e9 avaient \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement invit\u00e9es \u00e0 marcher dans le cort\u00e8ge qui partait des Tuileries[395]. (Joachim Vilate avait invit\u00e9 Robespierre \u00e0 d\u00e9jeuner au Pavillon de Flore, mais il mangea peu).<\/p>\n<p>La f\u00eate fut \u00e9galement la premi\u00e8re apparition de Robespierre aux yeux du public en tant que chef du peuple, mais aussi en tant que pr\u00e9sident de la convention, \u00e0 laquelle il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu seulement quatre jours auparavant[396]. Des t\u00e9moins affirment que tout au long de la &#8221; F\u00eate de l&#8217;\u00catre supr\u00eame &#8220;, Robespierre rayonnait de joie. Il a pu parler des choses qui le passionnaient vraiment, notamment la vertu, la nature, les croyances d\u00e9istes et ses d\u00e9saccords avec l&#8217;ath\u00e9isme. Il s&#8217;habille de mani\u00e8re \u00e9labor\u00e9e, portant des plumes sur son chapeau et tenant des fruits et des fleurs dans ses mains, et marche le premier dans le cort\u00e8ge de la f\u00eate. Selon Michelet : &#8220;Robespierre, selon son habitude, marchait rapidement, d&#8217;un air agit\u00e9. La Convention \u00e9tait loin d&#8217;aller aussi vite. Les chefs, peut-\u00eatre par malice et par d\u00e9f\u00e9rence perfide, restaient bien en arri\u00e8re de lui, l&#8217;isolant ainsi&#8221;[397] Le cort\u00e8ge se termine sur le Champ de Mars. La Convention monta au sommet, o\u00f9 un arbre de la libert\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 plant\u00e9[236] (Les ch\u0153urs \u00e9taient compos\u00e9s par \u00c9tienne-Nicolas M\u00e9hul et Fran\u00e7ois-Joseph Gossec, sur des paroles du po\u00e8te obscur Th\u00e9odore D\u00e9sorgues). Robespierre prononce deux discours dans lesquels il insiste sur sa conception d&#8217;un \u00catre supr\u00eame :<\/p>\n<p>N&#8217;est-ce pas Lui dont la main immortelle, en gravant dans le c\u0153ur de l&#8217;homme le code de la justice et de l&#8217;\u00e9galit\u00e9, y a inscrit la condamnation \u00e0 mort des tyrans ? N&#8217;est-ce pas Lui qui, d\u00e8s l&#8217;origine des temps, a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 pour tous les \u00e2ges et pour tous les peuples la libert\u00e9, la bonne foi et la justice ? Il n&#8217;a pas cr\u00e9\u00e9 les rois pour d\u00e9vorer le genre humain. Il n&#8217;a pas cr\u00e9\u00e9 les pr\u00eatres pour nous atteler, comme de vils animaux, aux chars des rois et donner au monde des exemples de bassesse, d&#8217;orgueil, de perfidie, d&#8217;avarice, de d\u00e9bauche et de mensonge. Il a cr\u00e9\u00e9 l&#8217;univers pour proclamer sa puissance. Il a cr\u00e9\u00e9 les hommes pour qu&#8217;ils s&#8217;entraident, qu&#8217;ils s&#8217;aiment mutuellement et qu&#8217;ils parviennent au bonheur par la voie de la vertu[398].<\/p>\n<p>Robespierre descendit de la montagne d&#8217;une mani\u00e8re qui ressemblait \u00e0 celle de Mo\u00efse comme chef du peuple. Pour compenser sa petite stature (5&#8217;3&#8221; = 160 cm), il portait des chaussures sur\u00e9lev\u00e9es avec des boucles en argent. Si, pour certains, il \u00e9tait excitant de le voir sous son meilleur jour, d&#8217;autres d\u00e9put\u00e9s \u00e9taient d&#8217;avis que Robespierre avait jou\u00e9 un r\u00f4le trop important. On entend quelqu&#8217;un dire : &#8220;Voyez la canaille, il ne lui suffit pas d&#8217;\u00eatre le ma\u00eetre, il faut qu&#8217;il soit Dieu&#8221;. Le 15 juin, le pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale Vadier pr\u00e9sente, au nom des deux comit\u00e9s, un rapport sur un nouveau complot de Catherine Th\u00e9ot, Christophe Antoine Gerle et trois autres. Il insinua que Robespierre correspondait \u00e0 ses proph\u00e9ties[399]. Son discours provoqua de nombreux rires dans la convention. Robespierre se sent ridiculis\u00e9 et demande le 26 l&#8217;arr\u00eat de l&#8217;enqu\u00eate sur Th\u00e9ot et le remplacement de Fouquier-Tinville[400]. Robespierre avec son &#8221; habitude tyrannique de juger &#8221; demande la t\u00eate de neuf personnes, qui s&#8217;opposent \u00e0 sa r\u00e9publique de vertu[401]. Selon Madame de Sta\u00ebl, c&#8217;est \u00e0 partir de ce moment qu&#8217;il se perd[402].<\/p>\n<p>D\u00e9ch\u00e9ance<br \/>\nInformations compl\u00e9mentaires : Chute de Maximilien Robespierre<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait situ\u00e9 dans l&#8217;h\u00f4tel de Brionne, \u00e0 droite ; il se r\u00e9unissait au premier \u00e9tage. (Le palais des Tuileries, qui abritait la convention, est \u00e0 gauche)<\/p>\n<p>Le 9 thermidor, Tallien mena\u00e7a dans la convention de se servir de son poignard si la Convention nationale n&#8217;avait pas le courage d&#8217;ordonner l&#8217;arrestation de Robespierre.<\/p>\n<p>Collot d&#8217;Herbois<\/p>\n<p>La chute de Robespierre \u00e0 la convention le 27 juillet 1794<br \/>\nLe 20 mai, Robespierre signe personnellement le mandat d&#8217;arr\u00eat de Th\u00e9r\u00e8se Cabarrus. Jamais Robespierre n&#8217;a poursuivi une victime avec autant d&#8217;acharnement[403]. Le 23 mai, C\u00e9cile Renault est arr\u00eat\u00e9e apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e au domicile de Robespierre avec deux canifs et un linge de rechange dans son sac. Elle a d\u00e9clar\u00e9 que le linge frais \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 son ex\u00e9cution[404]. Habill\u00e9e d&#8217;une blouse rouge, elle a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e avec ses parents (et 52 autres personnes) une semaine plus tard. Robespierre refuse de r\u00e9unir dans une maison de d\u00e9tention commune les maris, les femmes et les enfants dispers\u00e9s dans diff\u00e9rentes prisons[405]. Il utilise cette tentative d&#8217;assassinat contre lui comme pr\u00e9texte pour d\u00e9signer les Anglais comme boucs \u00e9missaires[406].<\/p>\n<p>Le 10 juin, la loi du 22 prairial est introduite sans consultation du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, ce qui aggrave le conflit entre les deux comit\u00e9s[407] ; elle double le nombre d&#8217;ex\u00e9cutions ; la &#8221; Grande Terreur &#8221; a commenc\u00e9. Collot d&#8217;Herbois, Fouch\u00e9 et Tallien craignent pour leur vie, en raison des exc\u00e8s qu&#8217;ils commettent dans diverses r\u00e9gions de France pour r\u00e9primer l&#8217;opposition au gouvernement r\u00e9volutionnaire[408]. Comme Brissot, Madame Roland, P\u00e9tion, H\u00e9bert et Danton, Tallien est accus\u00e9 d&#8217;organiser (ou de participer) \u00e0 des d\u00eeners ostentatoires[409]. Presque tous les d\u00e9put\u00e9s conviennent qu&#8217;il est devenu dangereux.<\/p>\n<p>Le 11 juin, Robespierre attaque Fouch\u00e9, l&#8217;accusant de diriger une conspiration. Les 12 et 13 juin, se trouvant en minorit\u00e9, il se retire, \u00e9touff\u00e9 par la rage et le d\u00e9sappointement, jurant de ne plus remettre les pieds dans la commission, tant qu&#8217;on s&#8217;opposera \u00e0 sa volont\u00e9[410]. Robespierre parvient \u00e0 se doter d&#8217;une petite arm\u00e9e d&#8217;agents secrets, qui lui rendent compte[411]. Selon Vilate, Robespierre se prom\u00e8ne chaque jour pendant deux heures avec son chien danois, appel\u00e9 Brunt. Le 24 juin, Carnot exp\u00e9die avec pr\u00e9voyance une grande partie de l&#8217;artillerie parisienne au front[412]. Pendant ce temps, les Pays-Bas autrichiens sont presque enti\u00e8rement occup\u00e9s. A la fin du mois de juin, Saint-Just arrive \u00e0 Paris et constate que la position politique de Robespierre s&#8217;est fortement d\u00e9grad\u00e9e. Carnot et Cambon proposent de mettre fin \u00e0 la terreur. Comme au d\u00e9but d&#8217;avril, Carnot qualifie Saint-Just et Robespierre de &#8220;dictateurs ridicules&#8221;[236][413] Le 1er juillet, Robespierre prend la parole au club des Jacobins : &#8221; A Londres, on me d\u00e9nonce \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise comme un dictateur ; les m\u00eames calomnies ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 Paris &#8220;[236] Il attaque Tallien et le fait exclure des Jacobins le 11 juillet[414] Le 14 juillet, Robespierre fait exclure Fouch\u00e9. Pour \u00e9chapper \u00e0 l&#8217;arrestation, qui avait lieu g\u00e9n\u00e9ralement pendant la nuit, une cinquantaine de d\u00e9put\u00e9s \u00e9vitaient de rester chez eux.<\/p>\n<p>Pour \u00e9chapper \u00e0 la chaleur, il semble qu&#8217;il se rendait parfois \u00e0 Maisons-Alfort, \u00e0 12 km de Paris, et logeait dans une ferme, propri\u00e9t\u00e9 de Fran\u00e7ois-Pierre Deschamps, son courrier[415]. Robespierre se promenait dans les champs ou le long de la Marne, peut-\u00eatre avec son chien. Le 3 juillet, il quitte une r\u00e9union du Comit\u00e9 en claquant la porte et en s&#8217;\u00e9criant : &#8221; Alors sauvez le pays sans moi &#8220;[416][417] Les 22 et 23 juillet, les deux comit\u00e9s se r\u00e9unissent en s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re. Charg\u00e9s de r\u00e9primer la contre-r\u00e9volution, les deux comit\u00e9s finissent par s&#8217;attaquer l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre[303] [418] Saint-Just d\u00e9clare, lors de n\u00e9gociations avec Bar\u00e8re, qu&#8217;il est pr\u00eat \u00e0 faire des concessions sur la position subalterne du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale[419] [420] Couthon propose sa d\u00e9mission &#8221; plut\u00f4t que d&#8217;\u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 de prendre part \u00e0 des mesures &#8221; contre ses coll\u00e8gues[421] Il accepte une plus grande coop\u00e9ration entre les deux comit\u00e9s. Pour Robespierre, le Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale devait rester subordonn\u00e9 au Comit\u00e9 de salut public. Il veut retirer l&#8217;autorit\u00e9 au Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, car ils agissent comme deux gouvernements[422][423].<\/p>\n<p>Le 23 juillet, la Commune publie un nouveau maximum, limitant les salaires des employ\u00e9s (dans certains cas de moiti\u00e9) et provoquant une vive protestation dans les sections[424]. Presque tous les ouvriers de Paris sont en gr\u00e8ve[425]. Robespierre d\u00e9cide de s&#8217;exprimer clairement dans un nouveau rapport, esp\u00e9rant \u00eatre r\u00e9\u00e9lu au Comit\u00e9 de salut public pour une ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire. Le samedi 26 juillet, Robespierre r\u00e9apparut \u00e0 la convention et pronon\u00e7a un discours de deux heures sur les factions sc\u00e9l\u00e9rates[426]. V\u00eatu du m\u00eame manteau bleu ciel et du m\u00eame pantalon de nankin qu&#8217;il portait lors de la proclamation de l&#8217;\u00catre supr\u00eame, il se d\u00e9fendit des accusations de dictature et de tyrannie, puis se mit en garde contre une conspiration contre le Comit\u00e9 de salut public. La calomnie, accusait-il, l&#8217;avait oblig\u00e9 \u00e0 se retirer pour un temps du Comit\u00e9 de salut public ; il se trouvait le plus malheureux des hommes. Il donnait l&#8217;impression que personne n&#8217;\u00e9tait son ami, qu&#8217;on ne pouvait se fier \u00e0 personne[427] ; il se plaignait d&#8217;\u00eatre bl\u00e2m\u00e9 pour tout[428] ; et que non seulement l&#8217;Angleterre, mais aussi les membres du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, \u00e9taient engag\u00e9s dans une intrigue pour le faire tomber. (Lorsqu&#8217;il est interrompu, Robespierre accuse Collot de limiter la libert\u00e9 de parole ; Billaud Varennes r\u00e9pond qu&#8217;ils le veulent tous)[429] Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s&#8217;insurge contre les exc\u00e8s sanglants qu&#8217;il a observ\u00e9s pendant la Terreur[430] : &#8221; Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner &#8220;, s&#8217;exclame-t-il[431] Enivr\u00e9 de sa vertu, Robespierre annonce une nouvelle vague d&#8217;\u00e9puration. &#8221; Punissez les tra\u00eetres, \u00e9purez le bureau du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, \u00e9purez le Comit\u00e9 lui-m\u00eame et subordonnez-le au Comit\u00e9 de salut public, \u00e9purez le Comit\u00e9 de salut public lui-m\u00eame et cr\u00e9ez un gouvernement unifi\u00e9 sous l&#8217;autorit\u00e9 supr\u00eame de la Convention &#8220;[432][423].<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;on lui demande de nommer ceux qu&#8217;il accuse, il refuse tout simplement. Joseph Cambon monte \u00e0 la tribune. &#8220;Un seul homme paralyse la volont\u00e9 de la Convention nationale&#8221;[433] Sa v\u00e9h\u00e9mence changea le cours du d\u00e9bat[434]. La Convention d\u00e9cida de ne pas faire imprimer le texte, le discours de Robespierre devant d&#8217;abord \u00eatre soumis aux deux comit\u00e9s. Robespierre s&#8217;\u00e9tonne que son discours soit envoy\u00e9 aux d\u00e9put\u00e9s qu&#8217;il avait l&#8217;intention de poursuivre.<\/p>\n<p>Le soir, Robespierre prononce le m\u00eame discours, qu&#8217;il consid\u00e8re comme sa derni\u00e8re volont\u00e9, au club des Jacobins, o\u00f9 il est tr\u00e8s bien accueilli[436] : &#8221; Qui suis-je, moi qu&#8217;on accuse ? Un esclave de la Libert\u00e9, un martyr vivant de la R\u00e9publique, la victime comme l&#8217;ennemi du crime.&#8221;[437] Il parle de boire la cigu\u00eb, et David, le peintre, s&#8217;\u00e9crie : &#8220;Je la boirai avec vous.&#8221; Collot d&#8217;Herbois et Billaud-Varenne furent chass\u00e9s \u00e0 cause de leur opposition \u00e0 l&#8217;impression et \u00e0 la diffusion du texte. Billaud r\u00e9ussit \u00e0 s&#8217;\u00e9chapper avant d&#8217;\u00eatre agress\u00e9, mais Collot d&#8217;Herbois est renvers\u00e9. Ils se rendent au Comit\u00e9 de salut public, o\u00f9 ils trouvent Saint-Just en train de travailler. Ils lui demandent s&#8217;il r\u00e9dige leur acte d&#8217;accusation. Saint-Just leur promet de leur montrer son discours avant l&#8217;ouverture de la s\u00e9ance[438] [439].<\/p>\n<p>R\u00e9unis en secret, neuf membres des deux comit\u00e9s d\u00e9cid\u00e8rent que c&#8217;\u00e9tait tout ou rien ; apr\u00e8s exactement un an de pouvoir, Robespierre devait \u00eatre \u00e9limin\u00e9. Bar\u00e8re a d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;ils mourraient tous si Robespierre ne le faisait pas. Selon Bar\u00e8re : &#8221; Nous ne nous sommes jamais fait illusion sur le fait que Saint-Just, taill\u00e9 en patron plus dictatorial, aurait fini par le renverser pour se mettre \u00e0 sa place ; nous savions aussi que nous faisions obstacle \u00e0 ses projets et qu&#8217;il nous ferait guillotiner ; nous l&#8217;avons fait arr\u00eater. &#8220;[440] (La Convention perdit 144 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s en 13 mois ; 67 furent ex\u00e9cut\u00e9s, se suicid\u00e8rent ou moururent en prison). D\u00e9sormais, extr\u00e9mistes et indulgents se liguent contre lui. Laurent Lecointre est l&#8217;instigateur du coup d&#8217;\u00c9tat[441], assist\u00e9 de Bar\u00e8re, Fr\u00e9ron, Barras, Tallien, Thuriot, Courtois, Rov\u00e8re, Garnier de l&#8217;Aube et Guffroy. (Fouch\u00e9 n&#8217;\u00e9tait plus impliqu\u00e9 et s&#8217;\u00e9tait cach\u00e9.)[442] Chacun d&#8217;eux pr\u00e9parait son r\u00f4le dans l&#8217;attaque. Ils d\u00e9cid\u00e8rent que Hanriot, ses aides de camp, Lavalette et Boulanger[443], l&#8217;accusateur public Dumas, la famille Duplay et l&#8217;imprimeur Charles-L\u00e9opold Nicolas devaient \u00eatre arr\u00eat\u00e9s les premiers, afin que Robespierre soit sans appui[441].<\/p>\n<p>A midi, Saint-Just se rendit directement \u00e0 la convention, pr\u00eat \u00e0 tout mettre sur le dos de Billaud, Collot d&#8217;Herbois et Carnot[444]. Il commen\u00e7a : &#8220;Je ne suis d&#8217;aucune faction ; je les combattrai tous&#8221;[347] [430] Au bout de quelques minutes, Tallien &#8211; ayant une double raison de d\u00e9sirer la fin de Robespierre, puisque, la veille au soir, Robespierre a refus\u00e9 de mettre Th\u00e9r\u00e8se Cabarrus en libert\u00e9 &#8211; l&#8217;interrompt et commence l&#8217;attaque. &#8220;Hier, un membre du gouvernement est rest\u00e9 tout \u00e0 fait isol\u00e9 et a fait un discours en son nom propre ; aujourd&#8217;hui, un autre a fait la m\u00eame chose.&#8221; Il poursuit &#8220;Hier, le pr\u00e9sident du tribunal r\u00e9volutionnaire [Dumas] a propos\u00e9 ouvertement aux Jacobins de chasser de la Convention tous les hommes impurs.&#8221; Billaud-Varennes se plaint de la fa\u00e7on dont il a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 au club des Jacobins la veille au soir et du fait que Saint-Just n&#8217;a pas tenu sa promesse de leur montrer son discours avant la r\u00e9union. Depuis mars, ils avaient organis\u00e9 un syst\u00e8me d&#8217;espionnage parmi les repr\u00e9sentants \u00e0 la Convention qu&#8217;ils voulaient d\u00e9truire. Il ferait mieux d&#8217;arr\u00eater de parler de justice et de vertu. Billaud se servirait de son poignard si Robespierre n&#8217;\u00e9tait pas arr\u00eat\u00e9[445]. Tallien exige l&#8217;arrestation de Dumas, Hanriot et Boulanger. Selon Bar\u00e8re, les comit\u00e9s se sont demand\u00e9 pourquoi il existait encore un r\u00e9gime militaire \u00e0 Paris ; pourquoi tous ces commandants permanents, avec des \u00e9tats-majors, et des forces arm\u00e9es immenses ? Les comit\u00e9s ont cru bon de rendre \u00e0 la garde nationale son organisation d\u00e9mocratique[446].<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de trente-cinq d\u00e9put\u00e9s parl\u00e8rent ce jour-l\u00e0 contre Robespierre, la plupart de la Montagne[447]. Alors que les accusations commen\u00e7aient \u00e0 s&#8217;accumuler, Saint-Just garda le silence. Robespierre se pr\u00e9cipite vers la tribune, fait appel \u00e0 la Plaine pour le d\u00e9fendre contre les Montagnards, mais sa voix est \u00e9touff\u00e9e. Robespierre se pr\u00e9cipite vers les bancs de la gauche, mais quelqu&#8217;un crie : &#8221; \u00c9loignez-vous d&#8217;ici ; Condorcet y \u00e9tait assis &#8220;. Il se retrouve bient\u00f4t \u00e0 court de mots apr\u00e8s que Vadier lui a fait une imitation moqueuse en \u00e9voquant la d\u00e9couverte d&#8217;une lettre sous le matelas de l&#8217;analphab\u00e8te Catherine Th\u00e9ot[r]. Lorsque Garnier est t\u00e9moin de l&#8217;incapacit\u00e9 de Robespierre \u00e0 r\u00e9pondre, il s&#8217;\u00e9crie : &#8221; Le sang de Danton l&#8217;\u00e9touffe ! &#8220;[452] Robespierre retrouve alors enfin la parole pour r\u00e9pondre par sa seule d\u00e9claration enregistr\u00e9e de la matin\u00e9e, une demande pour savoir pourquoi on lui reproche maintenant la mort de l&#8217;autre homme : &#8221; Est-ce Danton que vous regrettez ? (&#8230;) L\u00e2ches ! Pourquoi ne l&#8217;avez-vous pas d\u00e9fendu ?&#8221;[453]<\/p>\n<p>Arrestation<\/p>\n<p>Saint-Just et Robespierre \u00e0 l&#8217;H\u00f4tel de Ville dans la nuit du 9 au 10 thermidor an II. Peinture de Jean-Joseph Weerts<\/p>\n<p>Proclamation de la Commune, trouv\u00e9e dans la poche de Couthon. Couthon a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par Robespierre, etc. pour laquelle ils ont utilis\u00e9 du papier \u00e0 lettres officiel de la police.<\/p>\n<p>Les troupes de la Convention Nationale attaquent la Commune. Gravure de Pierre-Gabriel Berthault et Jean Duplessis-Bertaux (1804)<\/p>\n<p>Appr\u00e9hension de Robespierre &#8230; qui, saisi par un gendarme, a tir\u00e9 un pistolet dans sa bouche, mais ne s&#8217;est pas bless\u00e9 mortellement.<\/p>\n<p>Tableau de Valery Jacobi repr\u00e9sentant Robespierre bless\u00e9.<\/p>\n<p>Fermeture du Club des Jacobins par Louis Legendre, au petit matin du 28 juillet 1794. Il le rouvrira quatre jours plus tard[454].<br \/>\nVers 1 ou 2 heures de l&#8217;apr\u00e8s-midi, Louis Louchet demanda l&#8217;arrestation de Robespierre ; Robespierre le Jeune exigea de partager son sort. Toute la Convention est d&#8217;accord, y compris les deux autres membres du triumvirat, les invalides Couthon et Saint-Just. Le Bas d\u00e9cide de se joindre \u00e0 Saint-Just. Robespierre s&#8217;\u00e9crie que la r\u00e9volution est perdue en descendant \u00e0 la tribune. Les cinq d\u00e9put\u00e9s sont conduits au Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et interrog\u00e9s. Vers 3 heures de l&#8217;apr\u00e8s-midi, Hanriot re\u00e7oit l&#8217;ordre de se pr\u00e9senter \u00e0 la convention ; lui ou quelqu&#8217;un d&#8217;autre propose de ne s&#8217;y pr\u00e9senter qu&#8217;accompagn\u00e9 d&#8217;une foule. (Dumas a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 midi et conduit \u00e0 quatre heures \u00e0 la prison de Sainte-P\u00e9lagie, ainsi que les membres de la famille Duplay)[455] (L&#8217;histoire de Marie Th\u00e9r\u00e8se de Choiseul qui sera l&#8217;une des derni\u00e8res guillotin\u00e9es dans l&#8217;apr\u00e8s-midi, est mal connue. )[346] A cheval, Hanriot pr\u00e9vient les sections qu&#8217;il y aura une tentative d&#8217;assassinat de Robespierre, et mobilise 2 400 gardes nationaux devant l&#8217;h\u00f4tel de ville.[236][456][457][458] Ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 n&#8217;\u00e9tait pas tr\u00e8s clair pour leurs officiers ; soit la convention \u00e9tait ferm\u00e9e, soit la Commune de Paris. Personne n&#8217;a rien expliqu\u00e9.[459] La Commune de Paris a donn\u00e9 l&#8217;ordre de fermer les portes (et de sonner le tocsin), et a convoqu\u00e9 une r\u00e9union imm\u00e9diate des sections pour examiner les dangers mena\u00e7ant la patrie.[460] Pour la Convention, c&#8217;\u00e9tait une action ill\u00e9gale sans l&#8217;autorisation des deux comit\u00e9s. Il fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que toute personne dirigeant une &#8221; force arm\u00e9e &#8221; contre la convention serait consid\u00e9r\u00e9e comme un hors-la-loi.<\/p>\n<p>Vers 19 heures, les cinq d\u00e9put\u00e9s furent conduits en fiacre dans diff\u00e9rentes prisons. Robespierre au Palais du Luxembourg, Couthon \u00e0 &#8220;La Bourbe&#8221; et Saint-Just \u00e0 &#8220;l&#8217;\u00c9cossais&#8221;. Augustin est conduit de la prison Saint-Lazare \u00e0 la prison de la Force[461], comme Le Bas qui est refus\u00e9 \u00e0 la Conciergerie[462][463][117] La Commune de Paris s&#8217;allie aux Jacobins pour provoquer une insurrection, leur demandant d&#8217;envoyer des renforts des galeries, &#8221; m\u00eame les femmes qui y sont r\u00e9guli\u00e8res &#8220;[208] Vers 8 heures du soir, Hanriot se pr\u00e9sente sur la place du Carrousel devant la convention, mais il est fait prisonnier. Selon Eric Hazan, &#8220;Vient alors le tournant de cette journ\u00e9e : au lieu de profiter de sa sup\u00e9riorit\u00e9, tant en canons qu&#8217;en hommes, pour envahir la salle voisine o\u00f9 si\u00e9geait la Convention, la colonne, faute d&#8217;ordres et de chefs, regagne la Maison-Commune&#8221;[236], le vice-pr\u00e9sident du Tribunal Coffinhal se rendit au Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale avec 3 000 hommes et leur artillerie[464]. Robespierre et ses alli\u00e9s ayant \u00e9t\u00e9 conduits entre-temps dans une prison, il ne r\u00e9ussit qu&#8217;\u00e0 faire lib\u00e9rer Hanriot et ses adjuvants[465][466].<\/p>\n<p>La mani\u00e8re dont les cinq d\u00e9put\u00e9s s&#8217;\u00e9chapp\u00e8rent de la prison fut contest\u00e9e. D&#8217;apr\u00e8s Le Moniteur Universel, les ge\u00f4liers auraient refus\u00e9 de suivre l&#8217;ordre d&#8217;arrestation pris par la convention[467]. D&#8217;apr\u00e8s Courtois[462] et Fouquier-Tinville, l&#8217;administration de la police \u00e9tait responsable de toute garde \u00e0 vue ou lib\u00e9ration[468]. [Escort\u00e9 par deux municipaux, Robespierre le jeune arriva le premier \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville[470][471]. Un administrateur de police, qui se trouvait au palais du Luxembourg, conduisit Robespierre l&#8217;a\u00een\u00e9 vers 20 heures \u00e0 l&#8217;administration de police de l&#8217;\u00eele de la Cit\u00e9 ; Robespierre insista pour \u00eatre re\u00e7u dans une prison[472]. Il h\u00e9sita pour des raisons juridiques pendant peut-\u00eatre deux heures.<\/p>\n<p>Vers 22 heures, le maire d\u00e9signe une d\u00e9l\u00e9gation pour aller convaincre Robespierre d&#8217;adh\u00e9rer au mouvement de la Commune[236] Robespierre est conduit \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville[473][474] Vers 23 heures, Saint-Just est livr\u00e9[475], apr\u00e8s quoi on fait entrer Le Bas et Dumas[462] (Couthon arrive le dernier \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel de ville, mais apr\u00e8s minuit[476][477]). La Convention d\u00e9clare les cinq d\u00e9put\u00e9s (plus les membres de soutien) hors-la-loi. Elle nomme ensuite Barras et ordonne l&#8217;appel des troupes (4 000 hommes)[478].<\/p>\n<p>Apr\u00e8s toute une soir\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 attendre en vain une action de la Commune, \u00e0 perdre du temps en d\u00e9lib\u00e9rations st\u00e9riles, sans ravitaillement ni instructions, les sections arm\u00e9es commencent \u00e0 se disperser. Selon Colin Jones, l&#8217;apathie l&#8217;emporte, la plupart rentrant chez eux[471]. Environ 400 hommes de trois sections semblent \u00eatre rest\u00e9s sur la place de Gr\u00e8ve, selon Courtois[479][480] Vers 2 heures du matin, Barras et Bourdon, accompagn\u00e9s de plusieurs membres de la Convention, arrivent en deux colonnes. Barras avance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment lentement, dans l&#8217;espoir d&#8217;\u00e9viter le conflit par une d\u00e9monstration de force[480][478] Puis les Grenadiers font irruption dans l&#8217;H\u00f4tel de Ville ; 51 insurg\u00e9s sont rassembl\u00e9s au premier \u00e9tage. Robespierre et ses alli\u00e9s s&#8217;\u00e9taient retir\u00e9s dans le petit &#8220;secr\u00e9tariat&#8221;[481].<\/p>\n<p>Il existe de nombreuses histoires sur ce qui s&#8217;est pass\u00e9 alors. Le Bas se serait tu\u00e9 avec un pistolet, en remettant un autre \u00e0 Robespierre, qui se serait tir\u00e9 une balle dans la m\u00e2choire[482]. Selon Barras et Courtois, Robespierre aurait tent\u00e9 de se suicider[483][484][485] en pointant le pistolet sur sa bouche, mais un gendarme semble l&#8217;en avoir emp\u00each\u00e9. [486] (Ce changement d&#8217;orientation pourrait expliquer comment Robespierre, assis sur une chaise, a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 du haut de la droite dans le bas de la m\u00e2choire gauche[487][488][463][s]). Selon Bourdon, le soldat M\u00e9da a bless\u00e9 Robespierre \u00e0 courte distance, puis a frapp\u00e9 l&#8217;adjudant de Couthon \u00e0 la jambe[490][491][492][493][494] Couthon est retrouv\u00e9 couch\u00e9 au bas d&#8217;un escalier dans un coin, apr\u00e8s \u00eatre tomb\u00e9 du dos de son gendarme. Pour \u00e9viter d&#8217;\u00eatre captur\u00e9, Augustin Robespierre se d\u00e9chaussa et sauta d&#8217;une large corniche. Il atterrit sur des ba\u00efonnettes, ce qui lui vaut une fracture du bassin et plusieurs contusions graves \u00e0 la t\u00eate, dans un \u00e9tat alarmant de &#8220;faiblesse et d&#8217;inqui\u00e9tude&#8221;[495]. L&#8217;imperturbable Saint-Just se rend sans mot dire. Selon M\u00e9da, Hanriot a tent\u00e9 de s&#8217;\u00e9chapper par un escalier d\u00e9rob\u00e9 jusqu&#8217;au troisi\u00e8me \u00e9tage, o\u00f9 il semble avoir eu un appartement[496]. La plupart des sources affirment que Hanriot a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 par une fen\u00eatre par Coffinhal apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 du d\u00e9sastre. (Selon Ernest Hamel, il s&#8217;agit d&#8217;une des nombreuses l\u00e9gendes r\u00e9pandues par Bar\u00e8re[497]). Quoi qu&#8217;il en soit, Hanriot atterrit dans une petite cour sur un tas de verre[459] Il eut assez de force pour ramper dans un \u00e9gout o\u00f9 il fut retrouv\u00e9 douze heures plus tard et conduit \u00e0 la Conciergerie[459] Coffinhal, qui avait r\u00e9ussi \u00e0 s&#8217;\u00e9chapper, fut arr\u00eat\u00e9 sept jours plus tard, totalement \u00e9puis\u00e9[498][499].<\/p>\n<p>Ex\u00e9cution<\/p>\n<p>Allong\u00e9 sur une table, bless\u00e9, dans une salle de la convention, Robespierre est l&#8217;objet de la curiosit\u00e9 et des quolibets des Thermidoriens, tableau de Lucien-\u00c9tienne M\u00e9lingue (Salon de 1877)(Mus\u00e9e de la R\u00e9volution fran\u00e7aise)<\/p>\n<p>Robespierre le jour de son ex\u00e9cution ; Croquis de Jacques Louis David<\/p>\n<p>L&#8217;ex\u00e9cution de Couthon ; le corps d&#8217;Adrien Nicolas Gobeau, ex-substitut de l&#8217;accusateur public Fouquier et membre de la Commune, le premier \u00e0 avoir souffert, est repr\u00e9sent\u00e9 couch\u00e9 sur le sol ;[459] Robespierre {#10} est repr\u00e9sent\u00e9 tenant un mouchoir sur sa bouche. Hanriot {#9} se couvre l&#8217;oeil, qui est sorti de son orbite lors de son arrestation.<br \/>\nLe reste de la nuit, Robespierre est couch\u00e9 dans une antichambre du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale[500]. Il est allong\u00e9 sur la table, la t\u00eate sur une caisse de deal (pin), la chemise couverte de sang. A 5 heures du matin, son fr\u00e8re et Couthon semblent avoir \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital le plus proche, l&#8217;H\u00f4tel-Dieu de Paris, pour voir un m\u00e9decin. Barras nie que Robespierre y ait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e9galement ; les circonstances ne le permettaient pas[501]. Un m\u00e9decin militaire est invit\u00e9 et lui enl\u00e8ve quelques dents et des fragments de sa m\u00e2choire cass\u00e9e. Robespierre fut ensuite plac\u00e9 dans la cellule de la Conciergerie et d\u00e9pos\u00e9 sur le lit dans lequel Danton avait dormi pendant sa d\u00e9tention[459].<\/p>\n<p>Dans l&#8217;apr\u00e8s-midi du 10 Thermidor (28 juillet, jour de d\u00e9cadi, jour de repos et de f\u00eate), le Tribunal r\u00e9volutionnaire accuse Robespierre et 21 &#8220;Robespierristes&#8221; (ses partisans ou sympathisants parmi lesquels se trouvent 13 membres de la Commune insurrectionnelle) de contre-r\u00e9volution ; ils sont condamn\u00e9s \u00e0 mort selon les r\u00e8gles de la loi du 22 prairial, ne v\u00e9rifiant leur identit\u00e9 qu&#8217;au proc\u00e8s. En fin d&#8217;apr\u00e8s-midi, les condamn\u00e9s, dont la moyenne d&#8217;\u00e2ge est de 34 ans, sont conduits dans trois charrettes sur la place de la R\u00e9volution pour \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9s avec le cordonnier Antoine Simon, ge\u00f4lier du Dauphin. Une foule hurlant des mal\u00e9dictions les suit jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9chafaud. Le visage encore tum\u00e9fi\u00e9, Robespierre garde les yeux ferm\u00e9s tout au long du cort\u00e8ge. Il est le dixi\u00e8me appel\u00e9 \u00e0 la tribune et monte les marches de l&#8217;\u00e9chafaud sans aide[459]. Au moment de d\u00e9gager le cou de Robespierre, le bourreau Charles-Henri Sanson arrache le bandage qui maintient en place sa m\u00e2choire bris\u00e9e, ce qui lui fait pousser un cri d&#8217;agonie jusqu&#8217;\u00e0 ce que la chute de la lame le r\u00e9duise au silence[502]. [Le petit-fils de Sanson a \u00e9crit que, bien que son grand-p\u00e8re ait fait cela avec pr\u00e9caution, Robespierre a n\u00e9anmoins rugi comme un tigre en r\u00e9ponse[459]. Apr\u00e8s sa d\u00e9capitation, des applaudissements et des cris de joie se sont \u00e9lev\u00e9s de la foule et auraient persist\u00e9 pendant quinze minutes[503][504] Robespierre et ses associ\u00e9s guillotin\u00e9s ont ensuite \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s dans une fosse commune au cimeti\u00e8re des Errancis nouvellement ouvert pr\u00e8s de l&#8217;actuelle place Prosper-Goubaux[t].<\/p>\n<p>H\u00e9ritage et m\u00e9moire<br \/>\nArticle principal : R\u00e9action thermidorienne<br \/>\nBien que nominalement tous les membres du comit\u00e9 soient \u00e9gaux, pendant la R\u00e9action thermidorienne, Robespierre est pr\u00e9sent\u00e9 comme le plus responsable par les protagonistes survivants de la Terreur, notamment par Bertrand Bar\u00e8re, membre \u00e9minent de la Plaine. Le lendemain de sa mort, Bar\u00e8re le d\u00e9crit comme le &#8220;tyran&#8221; et &#8220;la Terreur elle-m\u00eame&#8221;. Ce jour-l\u00e0, environ la moiti\u00e9 de la Commune de Paris (70 membres) est envoy\u00e9e \u00e0 la guillotine[505] ; pendant ce temps, 35 sections f\u00e9licitent la Convention, certaines d\u00e9filent dans la salle[506]. Sur proposition de Thuriot, le Tribunal r\u00e9volutionnaire est suspendu et remplac\u00e9 par une commission temporaire[507]. [507] Le 30 juillet, Courtois prit en d\u00e9p\u00f4t les livres de Robespierre, Corneille, Voltaire, Rousseau, Mably, Locke, Bacon, Pope, des articles d&#8217;Addison et de Steele dans le Spectator, un dictionnaire anglais et italien, une grammaire anglaise et la Bible. [508] Rien sur Richard Price ou Joseph Priestley qui avaient tant influenc\u00e9 Condorcet, Mirabeau, Clavi\u00e8re et Brissot[509][510] Le 1er ao\u00fbt, la loi du 22 prairial est abolie ; Fouquier-Tinville est arr\u00eat\u00e9. (Entre le 6 et le 20 ao\u00fbt, Napol\u00e9on est assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence \u00e0 Nice en raison de ses liens avec Robespierre le jeune[511]). Mi-ao\u00fbt, Courtois est charg\u00e9 par la convention de rassembler des preuves contre Robespierre, Le Bas et Saint-Just, dont le rapport a mauvaise r\u00e9putation, s\u00e9lectionnant et d\u00e9truisant des papiers[512]. \u00c0 la fin du mois, Tallien d\u00e9clare que tout ce que le pays vient de vivre est la &#8221; Terreur &#8221; et que le &#8221; monstre &#8221; Robespierre, le &#8221; roi &#8221; de la R\u00e9volution, en est l&#8217;orchestrateur. En fait, c&#8217;est toute une nouvelle mythologie politique qui se cr\u00e9e[513] : pr\u00eacher le terrorisme apr\u00e8s Thermidor, c&#8217;est s&#8217;exposer aux soup\u00e7ons de robespierrisme, soup\u00e7ons qu&#8217;il faut avant tout \u00e9viter. La l\u00e9gende Robespierre grandit, ou plut\u00f4t deux l\u00e9gendes distinctes, mettant en sc\u00e8ne un Robespierre dont l&#8217;ambition irresponsable avait conduit \u00e0 la calamit\u00e9, et un Robespierre ami de la premi\u00e8re heure du prol\u00e9tariat, sur le point de se lancer dans la r\u00e9volution \u00e9conomique lorsqu&#8217;il tomba[514].<\/p>\n<p>La r\u00e9putation de Robespierre est pass\u00e9e par plusieurs cycles de r\u00e9\u00e9valuation[515]. Son nom a atteint son apog\u00e9e dans la presse au milieu du XIXe si\u00e8cle, entre 1880 et 1910 et en 1940[90]. Le t\u00e9moin oculaire Helen Maria Williams, qui travaillait comme traductrice \u00e0 Paris, a attribu\u00e9 tous les sinistres \u00e9v\u00e9nements \u00e0 son hypocrisie et \u00e0 sa ruse. Elle le d\u00e9crit comme le grand conspirateur contre la libert\u00e9 de la France ; elle mentionne l&#8217;enthousiasme forc\u00e9 exig\u00e9 des participants \u00e0 la F\u00eate de l&#8217;\u00catre supr\u00eame. [Le laborieux Buchez, mystique d\u00e9mocratique, produit des volumes (quarante au total) o\u00f9 l&#8217;Incorruptible s&#8217;\u00e9rige en Messie et en \u00eatre sacrificiel de la R\u00e9volution[517] : pour Jules Michelet, il est le &#8221; pr\u00eatre Robespierre &#8221; et pour Alphonse Aulard, Maximilien est un &#8221; monomaniaque bigot &#8221; et un &#8221; assassin mystique &#8220;[518].<\/p>\n<p>Sa r\u00e9putation a atteint son apog\u00e9e dans les ann\u00e9es 1920 lorsque l&#8217;influent historien fran\u00e7ais Albert Mathiez a rejet\u00e9 la vision commune de Robespierre comme \u00e9tant d\u00e9magogique, dictatorial et fanatique. Mathiez a soutenu qu&#8217;il \u00e9tait un porte-parole \u00e9loquent des pauvres et des opprim\u00e9s, un ennemi des intrigues royalistes, un adversaire vigilant des politiciens malhonn\u00eates et corrompus, un gardien de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, un chef intr\u00e9pide du gouvernement r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais et un proph\u00e8te d&#8217;un \u00c9tat socialement responsable[519]. Fran\u00e7ois Crouzet a recueilli de nombreux d\u00e9tails int\u00e9ressants aupr\u00e8s d&#8217;historiens fran\u00e7ais traitant de Robespierre[520]. Selon Marcel Gauchet, Robespierre confondait son opinion priv\u00e9e et sa vertu[citation n\u00e9cessaire].<\/p>\n<p>En se faisant l&#8217;incarnation de la vertu et de l&#8217;engagement total, Robespierre prend le contr\u00f4le de la R\u00e9volution dans sa phase la plus radicale et la plus sanglante : la r\u00e9publique jacobine. Son objectif dans la Terreur \u00e9tait d&#8217;utiliser la guillotine pour cr\u00e9er ce qu&#8217;il appelait une &#8220;r\u00e9publique de vertu&#8221;, dans laquelle la vertu serait combin\u00e9e \u00e0 la terreur.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9al principal de Robespierre \u00e9tait d&#8217;assurer la vertu et la souverainet\u00e9 du peuple. Il d\u00e9sapprouve tout acte qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme exposant la nation aux contre-r\u00e9volutionnaires et aux tra\u00eetres et craint de plus en plus la d\u00e9faite de la R\u00e9volution. Il est l&#8217;instigateur de la Terreur et de la mort de ses pairs afin de garantir la R\u00e9publique de vertu, mais ses id\u00e9aux d\u00e9passent les besoins et les d\u00e9sirs du peuple fran\u00e7ais. Il est devenu une menace pour ce qu&#8217;il avait voulu assurer et le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 sa chute[25].<\/p>\n<p>En 1941, Marc Bloch, un historien fran\u00e7ais, soupire de d\u00e9sillusion (un an avant qu&#8217;il ne d\u00e9cide de rejoindre la R\u00e9sistance fran\u00e7aise) : &#8220;Soboul affirme que Robespierre et Saint-Just &#8220;\u00e9taient trop pr\u00e9occup\u00e9s par la d\u00e9faite des int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie pour apporter leur soutien total aux sans-culottes, et pourtant trop attentifs aux besoins des sans-culottes pour obtenir le soutien de la classe moyenne&#8221;[521]. &#8220;[521] Selon R.R. Palmer : le moyen le plus facile de justifier Robespierre est de repr\u00e9senter les autres R\u00e9volutionnaires sous un jour d\u00e9favorable ou disgracieux. C&#8217;\u00e9tait la m\u00e9thode utilis\u00e9e par Robespierre lui-m\u00eame.[522] Pour Peter McPhee, les r\u00e9alisations de Robespierre \u00e9taient monumentales, mais la trag\u00e9die de ses derni\u00e8res semaines d&#8217;ind\u00e9cision l&#8217;\u00e9tait tout autant.[523] Les membres du comit\u00e9, ainsi que les membres du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, \u00e9taient autant responsables du d\u00e9roulement de la Terreur que Robespierre. &#8220;[524] Ils ont peut-\u00eatre exag\u00e9r\u00e9 son r\u00f4le pour minimiser leur propre contribution et l&#8217;ont utilis\u00e9 comme bouc \u00e9missaire apr\u00e8s sa mort.[525][526] J-C. Martin et McPhee interpr\u00e8tent la r\u00e9pression du gouvernement r\u00e9volutionnaire comme une r\u00e9ponse \u00e0 l&#8217;anarchie et \u00e0 la violence populaire, et non comme l&#8217;affirmation d&#8217;une id\u00e9ologie pr\u00e9cise[509] Martin tient Tallien pour responsable de la mauvaise r\u00e9putation de Robespierre, et que les &#8220;Thermidoriens&#8221; ont invent\u00e9 la &#8220;Terreur&#8221; car aucune loi ne prouve son introduction. [291] De nombreux historiens ont n\u00e9glig\u00e9 l&#8217;attitude de Robespierre \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la Garde nationale fran\u00e7aise de juillet 1789 \u00e0 ao\u00fbt 1792, la promotion de l&#8217;armement civil entre juin 1792 et le 2 juin 1793 et la cr\u00e9ation d&#8217;une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire de 20 000 hommes dans sa revue[527] Dubois-Cranc\u00e9 d\u00e9crit Robespierre comme le g\u00e9n\u00e9ral des Sansculottes[528] En un an, Carnot, ministre de la Guerre, revient sur plusieurs mesures et devient l&#8217;ennemi de Saint-Just. Bar\u00e8re aussi change d&#8217;avis ; les Gardes volontaires et les Sans-culottes militants perdent rapidement de leur influence. L&#8217;historien r\u00e9visionniste Furet pensait que la Terreur \u00e9tait inh\u00e9rente \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et n&#8217;\u00e9tait pas seulement un \u00e9pisode violent. Tout aussi importante est sa conclusion selon laquelle la violence r\u00e9volutionnaire est li\u00e9e \u00e0 un volontarisme extr\u00eame[529] [14] Furet \u00e9tait particuli\u00e8rement critique de la &#8220;ligne marxiste&#8221; d&#8217;Albert Soboul[530].<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;\u00e9poque sovi\u00e9tique, il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 comme exemple de figure r\u00e9volutionnaire[531][532] Pendant la R\u00e9volution d&#8217;Octobre et la Terreur rouge, Robespierre a trouv\u00e9 de nombreux \u00e9loges en Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Robespierre tombe plusieurs fois malade : au printemps 1790, en novembre 1792 (plus de trois semaines) ; en septembre-octobre 1793 (deux semaines) ; en f\u00e9vrier-mars 1794 (plus d&#8217;un mois)[533] ; en avril-mai (environ trois semaines) et en juin-juillet (plus de trois semaines). Ces maladies expliquent non seulement les absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de Robespierre des comit\u00e9s et de la Convention pendant des p\u00e9riodes importantes, notamment en 1794 lorsque survient la Grande Terreur, mais aussi le fait que sa facult\u00e9 de jugement se d\u00e9t\u00e9riore &#8211; tout comme ses humeurs[509].<\/p>\n<p>Peter McPhee a d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;\u00e0 plusieurs reprises, Robespierre avait admis qu&#8217;il \u00e9tait \u00e9puis\u00e9 ; son jugement personnel et tactique, autrefois si aigu, semble l&#8217;avoir d\u00e9sert\u00e9. Les tentatives d&#8217;assassinat l&#8217;ont rendu m\u00e9fiant jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;obsession[523] Il existe une longue lign\u00e9e d&#8217;historiens &#8221; qui rendent Robespierre responsable de tous les \u00e9pisodes les moins attrayants de la R\u00e9volution &#8220;[534] Jonathan Isra\u00ebl critique vivement Robespierre pour avoir r\u00e9pudi\u00e9 les vraies valeurs des Lumi\u00e8res radicales. Il affirme que &#8220;l&#8217;id\u00e9ologie et la culture jacobines sous Robespierre \u00e9taient un puritanisme moral rousseauiste obsessionnel impr\u00e9gn\u00e9 d&#8217;autoritarisme, d&#8217;anti-intellectualisme et de x\u00e9nophobie, et qu&#8217;elles r\u00e9pudiaient la libert\u00e9 d&#8217;expression, les droits humains fondamentaux et la d\u00e9mocratie. &#8220;[535] Il fait r\u00e9f\u00e9rence aux d\u00e9put\u00e9s girondins Thomas Paine, Condorcet, Daunou, Cloots, Destutt et l&#8217;abb\u00e9 Gr\u00e9goire d\u00e9non\u00e7ant l&#8217;impitoyabilit\u00e9, l&#8217;hypocrisie, la malhonn\u00eatet\u00e9, la soif de pouvoir et la m\u00e9diocrit\u00e9 intellectuelle de Robespierre[536] Selon Hillary Mantel : Il ne pouvait pas survivre s&#8217;il ne faisait confiance \u00e0 personne, et ne savait pas \u00e0 qui faire confiance[106]. Selon Charles Barbaroux, qui lui rendit visite d\u00e9but ao\u00fbt 1792, son joli boudoir \u00e9tait rempli d&#8217;images de lui-m\u00eame sous toutes les formes et dans tous les arts ; un tableau, un dessin, un buste, un relief et six physionotraces sur les tables[537].<\/p>\n<p>Pour Georges Lefebvre, Robespierre \u00e9tait un &#8221; d\u00e9fenseur acharn\u00e9 de la d\u00e9mocratie, adversaire r\u00e9solu de la guerre \u00e9trang\u00e8re, sauveur de la R\u00e9publique, homme int\u00e8gre et visionnaire &#8220;[538], mais l&#8217;approche marxiste qui le d\u00e9peignait comme un h\u00e9ros s&#8217;est largement estomp\u00e9e[539]. Pour Aldous Huxley, &#8221; Robespierre a accompli le genre de r\u00e9volution le plus superficiel, la r\u00e9volution politique &#8220;[540], &#8221; Robespierre reste aussi controvers\u00e9 que jamais, deux si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort &#8220;[541].<\/p>\n<div class=\"pvc_clear\"><\/div>\n<p id=\"pvc_stats_7709\" class=\"pvc_stats all  \" data-element-id=\"7709\" style=\"\"><i class=\"pvc-stats-icon medium\" aria-hidden=\"true\"><svg aria-hidden=\"true\" focusable=\"false\" data-prefix=\"far\" data-icon=\"chart-bar\" role=\"img\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" viewBox=\"0 0 512 512\" class=\"svg-inline--fa fa-chart-bar fa-w-16 fa-2x\"><path fill=\"currentColor\" d=\"M396.8 352h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8V108.8c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v230.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8zm-192 0h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8V140.8c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v198.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8zm96 0h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8V204.8c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v134.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8zM496 400H48V80c0-8.84-7.16-16-16-16H16C7.16 64 0 71.16 0 80v336c0 17.67 14.33 32 32 32h464c8.84 0 16-7.16 16-16v-16c0-8.84-7.16-16-16-16zm-387.2-48h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8v-70.4c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v70.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8z\" class=\"\"><\/path><\/svg><\/i> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"16\" height=\"16\" alt=\"Loading\" src=\"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-content\/plugins\/page-views-count\/ajax-loader-2x.gif\" border=0 \/><\/p>\n<div class=\"pvc_clear\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maximilien Fran\u00e7ois Marie Isidore de Robespierre (6 mai 1758 &#8211; 28 juillet 1794) est un avocat et homme fran\u00e7ais qui fut l&#8217;une des figures les plus connues et les plus influentes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. En tant que membre de l&#8217;Assembl\u00e9e constituante et du Club des Jacobins, il a fait campagne pour le suffrage universel &hellip; <a href=\"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/\" class=\"more-link\">Lees verder <span class=\"screen-reader-text\">Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n<div class=\"pvc_clear\"><\/div>\n<p id=\"pvc_stats_7709\" class=\"pvc_stats all  \" data-element-id=\"7709\" style=\"\"><i class=\"pvc-stats-icon medium\" aria-hidden=\"true\"><svg aria-hidden=\"true\" focusable=\"false\" data-prefix=\"far\" data-icon=\"chart-bar\" role=\"img\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" viewBox=\"0 0 512 512\" class=\"svg-inline--fa fa-chart-bar fa-w-16 fa-2x\"><path fill=\"currentColor\" d=\"M396.8 352h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8V108.8c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v230.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8zm-192 0h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8V140.8c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v198.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8zm96 0h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8V204.8c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v134.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8zM496 400H48V80c0-8.84-7.16-16-16-16H16C7.16 64 0 71.16 0 80v336c0 17.67 14.33 32 32 32h464c8.84 0 16-7.16 16-16v-16c0-8.84-7.16-16-16-16zm-387.2-48h22.4c6.4 0 12.8-6.4 12.8-12.8v-70.4c0-6.4-6.4-12.8-12.8-12.8h-22.4c-6.4 0-12.8 6.4-12.8 12.8v70.4c0 6.4 6.4 12.8 12.8 12.8z\" class=\"\"><\/path><\/svg><\/i> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"16\" height=\"16\" alt=\"Loading\" src=\"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-content\/plugins\/page-views-count\/ajax-loader-2x.gif\" border=0 \/><\/p>\n<div class=\"pvc_clear\"><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"class_list":["post-7709","page","type-page","status-publish","hentry"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.1 (Yoast SEO v27.3) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale - Taco Tichelaar<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"nl_NL\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Maximilien Fran\u00e7ois Marie Isidore de Robespierre (6 mai 1758 &#8211; 28 juillet 1794) est un avocat et homme fran\u00e7ais qui fut l&#8217;une des figures les plus connues et les plus influentes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. En tant que membre de l&#8217;Assembl\u00e9e constituante et du Club des Jacobins, il a fait campagne pour le suffrage universel &hellip; Lees verder Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale &rarr;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Taco Tichelaar\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/taco.tichelaar\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-08-15T14:17:02+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Geschatte leestijd\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"104 minuten\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\\\/\",\"name\":\"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale - Taco Tichelaar\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2021-08-15T13:18:12+00:00\",\"dateModified\":\"2021-08-15T14:17:02+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"nl-NL\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/\",\"name\":\"Taco Tichelaar\",\"description\":\"geschiedenis, huisonderzoek\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9507958c5bf79d94fffc2702606bc3a6\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"nl-NL\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\\\/wordpress\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9507958c5bf79d94fffc2702606bc3a6\",\"name\":\"admin\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"nl-NL\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g\",\"caption\":\"admin\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g\"},\"description\":\"My hobby is house and occupant research of canal houses in Amsterdam. Of some canal houses much is known, but in general I collect relevant information in tax books, stored in the Amsterdam city archive, in the literature or on internet. \u201c According to Zhuang zi, a Tao philosopher life is limited and knowledge to be gained is unlimited.' [2] \u201d\",\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/tacotichelaar.nl\",\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/taco.tichelaar\",\"https:\\\/\\\/www.linkedin.com\\\/in\\\/taco-tichelaar-a01036221\\\/\",\"https:\\\/\\\/en.wikipedia.org\\\/wiki\\\/User:Taksen\"],\"knowsAbout\":[\"18e eeuw\"],\"knowsLanguage\":[\"duits\",\"engels\",\"nederlands\",\"fries\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO Premium plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale - Taco Tichelaar","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/","og_locale":"nl_NL","og_type":"article","og_title":"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale","og_description":"Maximilien Fran\u00e7ois Marie Isidore de Robespierre (6 mai 1758 &#8211; 28 juillet 1794) est un avocat et homme fran\u00e7ais qui fut l&#8217;une des figures les plus connues et les plus influentes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. En tant que membre de l&#8217;Assembl\u00e9e constituante et du Club des Jacobins, il a fait campagne pour le suffrage universel &hellip; Lees verder Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale &rarr;","og_url":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/","og_site_name":"Taco Tichelaar","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/taco.tichelaar","article_modified_time":"2021-08-15T14:17:02+00:00","twitter_misc":{"Geschatte leestijd":"104 minuten"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/","url":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/","name":"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale - Taco Tichelaar","isPartOf":{"@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/#website"},"datePublished":"2021-08-15T13:18:12+00:00","dateModified":"2021-08-15T14:17:02+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/#breadcrumb"},"inLanguage":"nl-NL","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/maximilien-robespierre-et-la-garde-nationale\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Maximilien Robespierre \u00e9t la Garde Nationale"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/#website","url":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/","name":"Taco Tichelaar","description":"geschiedenis, huisonderzoek","publisher":{"@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/#\/schema\/person\/9507958c5bf79d94fffc2702606bc3a6"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"nl-NL"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/#\/schema\/person\/9507958c5bf79d94fffc2702606bc3a6","name":"admin","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"nl-NL","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g","caption":"admin"},"logo":{"@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/a49b40cf75021306b5946fce4549f64c43bfe4038dec77cf518111eb1b9e3f77?s=96&d=identicon&r=g"},"description":"My hobby is house and occupant research of canal houses in Amsterdam. Of some canal houses much is known, but in general I collect relevant information in tax books, stored in the Amsterdam city archive, in the literature or on internet. \u201c According to Zhuang zi, a Tao philosopher life is limited and knowledge to be gained is unlimited.' [2] \u201d","sameAs":["https:\/\/tacotichelaar.nl","https:\/\/www.facebook.com\/taco.tichelaar","https:\/\/www.linkedin.com\/in\/taco-tichelaar-a01036221\/","https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/User:Taksen"],"knowsAbout":["18e eeuw"],"knowsLanguage":["duits","engels","nederlands","fries"]}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7709","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7709"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7709\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/tacotichelaar.nl\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7709"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}