Massacres de Septembre

Après la journée du 10 août 1792, Marat appelle à poursuivre le mouvement et à s’en prendre aux prisonniers accusés d’avoir défendu la monarchie. Dans le no 680 de L’Ami du peuple, daté du , il préconise de se rendre en armes à la prison de l’Abbaye, d’en arracher les prisonniers, « particulièrement les officiers suisses et leurs complices », et de les « passer au fil de l’épée »[40]. À la différence de ses précédents appels au meurtre, il est cette fois suivi par une partie de la presse, notamment girondine. La publication de lAmi du peuple cesse au  ; son dernier appel au meurtre dans le journal date du 19, mais au moins un placard anonyme du  est probablement de sa main[41].

À partir du , des commissaires des sections parisiennes procèdent à des visites domiciliaires afin de rechercher des armes et d’arrêter des suspects[42]. Un vif conflit oppose alors l’Assemblée législative à la Commune de Paris. Le , le Conseil général de la Commune avait réservé à Marat une tribune dans sa salle et l’avait chargé de rédiger un journal de ses arrêtés et de ce qui s’y passait. Cassagnac indique également que Marat disposait d’un bureau dans la salle de la Commune[43]. Le Roland et Guadet tentent de réduire l’influence de la Commune, tandis que l’Assemblée décide sa réorganisation et de nouvelles élections[44].

Le , Marat entre au Comité de surveillance et de police de la Commune[45]. Plus précisément, un arrêté pris ce jour-là par les quatre administrateurs du comité, Panis, Pierre Duplain, Sergent et Jourdeuil, nomme six « administrateurs-adjoints », dont Marat, Déforgues, Lenfant, Guermeur, Leclerc et Duffort. Ceux-ci obtiennent la signature sous la surveillance des quatre administrateurs, qui conservent la responsabilité du comité[46].

Les massacres commencent le  et se poursuivent jusqu’au , faisant entre 1 250 et 1 450 victimes, parmi lesquelles des prêtres insermentés, des gardes suisses et des prisonniers politiques, notamment royalistes et aristocrates[47]. Dans un récit publié le 6 octobre, Marat affirme qu’il se trouvait au Comité de surveillance lorsqu’on y annonça que plusieurs prêtres réfractaires, transférés vers la prison de la Force, avaient déjà été tués et que la foule menaçait de se porter vers les prisons. Selon son récit, Panis et lui demandèrent alors que les détenus pour dettes, rixes et délits mineurs fussent séparés des prisonniers considérés comme contre-révolutionnaires[48].

Le , Marat signe avec les autres membres du comité la circulaire du 3 septembre, adressée aux départements, qui présente la mise à mort des prisonniers comme des « actes de justice » jugés indispensables pour contenir les traîtres par la terreur et affirme que la nation « s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public ».[49] La rédaction de la circulaire a également été attribuée à Marat et son impression à ses presses[50].

La responsabilité précise de Marat dans le déclenchement et l’organisation des massacres a fait l’objet d’interprétations divergentes. Le Pétion reproche devant le Conseil général de la Commune au Comité de surveillance d’avoir pris Marat pour collaborateur. Panis prend alors sa défense : tout en reconnaissant que Marat avait « provoqué les vengeances les plus terribles », il affirme que, dans le comité, il n’avait « jamais […] eu d’influence particulière » et que son avis n’avait jamais prévalu sur celui de ses collègues.[51] Louis Gottschalk[52] et Gérard Walter[53] ont remis en cause son rôle d’organisateur ou d’instigateur des massacres. Keith Michael Baker considère que Marat joua probablement davantage le rôle d’un propagandiste encourageant la violence que celui d’un organisateur[54].

Le , Marat est élu député de Paris à la Convention, le septième des 24 députés du département, avec 420 voix sur 758 votants[55].

  1. Jean-Paul Marat, L’Ami du peuple, no 680 [archive], 19 août 1792, ARTFL, Université de Chicago.
  2. Frédéric Bluche, Septembre 1792. Logiques d’un massacre, Paris, Robert Laffont, 1986 (ISBN 2-221-04523-8), pp. 35–37.
  3. (en) Simon Schama, Citizens: A Chronicle of the French Revolution, New York, Knopf, p. 626
  4. Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des Girondins et des massacres de septembre, t. II, Paris, 1860, p. 7, citant le procès-verbal du Conseil général de la Commune, séance du 23 août 1792. [archive]
  5. Israel 2014p. 267-268.
  6. Michel Vovelle« Marat Jean-Paul », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, p. 709–713.
  7. Arrêté du Comité de police et de surveillance, 2 septembre 1792, Archives de la Préfecture de police, dossier des massacres de septembre, 1re liasse, reproduit dans Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des Girondins et des massacres de septembre, t. II, Paris, 1860, pp. 109–110.
  8. Pierre Caron, Les Massacres de Septembre, Paris, Maison du livre français, 1935, pp. 94–99 et 101–102.
  9. Jean-Paul Marat, Journal de la République française, no 12, 6 octobre 1792, cité dans Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des Girondins et des massacres de septembre, t. II, Paris, 1860.
  10. Circulaire du 3 septembre 1792.
  11. Frédéric Bluche, op. cit., p. 170 ; Pierre Caron, Les Massacres de Septembre, Paris, Maison du livre français, 1935, p. 296.
  12. Procès-verbal du Conseil général de la Commune, séance du 18 septembre 1792, cité dans Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des Girondins et des massacres de septembre, t. II, Paris, 1860, pp. 116–117.
  13. Louis Gottschalk, Jean-Paul Marat, l’Ami du peuple, Payot, 1929.
  14. Gérard Walter, Marat, Albin Michel, 1933.
  15. (en) Colin Jones, Colin Jones reviews Jean-Paul Marat: Prophet of Terror and Murder in the Rue Marat [archive], criticalinquiry.uchicago.edu, 16 janvier 2026.
  16. Jean-Paul Marat [archive], base de données des députés français depuis 1789, Assemblée nationale.

Clandestinité, domiciles et imprimeries

Plaque 16 rue de l’Ancienne-Comédie, (Paris).
Paris historique: Maison de Marat dans Rue de l’École-de-Médecine (Paris) [1].

Pendant la Révolution, les domiciles et lieux de travail de Marat changent fréquemment, notamment en raison des poursuites engagées contre son journal. En 1789, il demeure rue du Vieux-Colombier, puis rue de l’Ancienne-Comédie[2] Après son retour d’Angleterre en mai 1790, il vit pendant de longues périodes dans la clandestinité et change fréquemment de refuge. Il évoquera lui-même les sept mois qu’il aurait passés dans des « souterrains ». Il se cache notamment à Montmartre et trouve refuge chez des sympathisants, parmi lesquels Louis Legendre.

Après le 10 août 1792, Marat est signalé rue de la Harpe, puis rue des Cordeliers. À la fin de sa vie, il occupe au no 30 de la rue des Cordeliers un appartement ; Belfort Bax le décrit comme composé de cinq pièces et occupé par Marat, Simone Évrard, sa sœur Catherine, la cuisinière Jeannette Maréchal et le typographe Laurent Bas[3]. Son imprimerie est alors indiquée dans ses publications « rue des Cordeliers, vis-à-vis la rue Hautefeuille ». L’immeuble, devenu au XIXe siècle le no 20 de la rue de l’École-de-Médecine, est démoli en 1877 lors de l’agrandissement de la Faculté de médecine[4]

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